LE LIVRE DES VERTUS
- La Bible des Royaumes Renaissants -
Qu'est ce que le Livre des vertus ?
Le Livre des vertus est la compilation de tous les textes sacrés de l'Église Aristotélicienne, rédigés par les Pères de l'Église aristotélicienne et traduits et recopiés par les nombreux théologiens et copistes de l'Église actuelle.
Le Livre se compose en quatre volumes : Le premier aborde les premiers temps de l'humanité, de la création du monde à l'avènement des prophètes. Le second ouvrage nous raconte la vie des deux prophètes aristotéliciens ayant tous deux eus la révélation de Dieu : le premier, Aristote, grand sage devant l'éternel, ses enseignements ont façonné le monde et la pensée des Hommes. Le second, Christos, miroir de la divinité, illustre par sa vie, il est le modèle absolue de tout Aristotélicien. Le troisième volume est consacré aux saints Aristotéliciens qui ont peuplé le monde Aristotélicien tout au long de l'Histoire, devenant comme Christos des modèles à imiter. Enfin le dernier volume s'accorde à expliquer les sacrements, la liturgie Aristotélicienne, les prières et autres rites aristotéliciens aux laïcs et aux clercs des royaumes.
Seuls les deux premiers volumes du Livre des vertus vous seront présentés sur ce parchemin, les deux autres, par leur constante évolution seront disponibles dans la bibliothèque de Rome.
Qu'apporte le Livre des vertus ?
Le livre des vertus apporte les messages et les informations essentiels à l'humanité traitant de l'origine du monde, de sa physique et des débuts de la vie. L'histoire des premiers hommes y est conté, d'Oanylone la maudite à la venue d'Aristote.
Vous y rencontrerez la tentatrice Créature sans nom, mais aussi les 7 princes-démons peuplant les 7 enfers, ou encore les 7 archanges du paradis.
Aristote et Christos seront les guides de chaque homme et femme, Aristote par son savoir, son enseignement et sa sagesse, Christos par sa vie et sa foi.
Eux deux vous ferons découvrir les idées majeures qui gouvernent la pensée des Aristotéliciens
Le livre des vertus est un guide pour chacun, un guide spirituel, moral et politique. Les messages essentiels adressaient par le Très haut y sont transcris, la voie de la vertu y est gravée.
Qu'est ce que l'Église Aristotélicienne ?
L'Église Aristotélicienne, fondée par Christos et ses disciples, regroupe en son sein toute la communauté des Aristotéliciens.
Des guides, les clercs, enseigneront aux hommes et effectueront les rituels nécessaires à leur salut. Certains aristotéliciens se retireront loin des excès du monde dans un monastère, pour vivre reclus dans la fraternité et la vertu.
Le siège principale de l'Église Aristotélicienne se trouve à Rome, véritable lieu de convergence de tous les religieux des royaumes.
Le pape et la curie, sont les garants du Livre des vertus et du bon fonctionnement de l'Église à travers les royaumes.
L'Église est ouverte à tous, dès le niveau 0, la voie de l'Église au niveau 3 permettra de vous engager corps et âme au service de la sainte Église Aristotélicienne.
A présent, plongez dans la sagesse et la foi Aristotélicienne
Livre 1 : Le mythe Aristotélicien
Partie I : La création
Chapitre 1 : L'univers
Au commencement, il n’y avait que Dieu.
Il n’y avait encore ni matière, ni
énergie, ni mouvement. Il n’y avait même
pas le vide, comme celui qui aujourd’hui sépare le
monde des étoiles, car même le vide est quelque
chose. Non, ce qui Le composait alors, c’était le
Néant. Cela ne se définit pas comme
l’absence de tout chose car, lorsque l’on dit de
quelque chose qu’il est absent, nous avons conscience de la
possibilité de son existence. Le Néant,
c’est lorsque même l’idée de
l’existence est impossible. Sauf pour Dieu.
Mais Dieu est supérieur à tout, y compris au
Néant. Il n’a pas de commencement ni de fin. Il
est donc l’Infini et l’Eternel. Il est
l’Être Parfait, sur qui rien n’a de
prise, rien ne peut agir, rien ne peut interférer. Il Lui
suffit d’une simple pensée pour que quelque chose
passe du Néant à l’Existence et
d’une autre simple pensée pour que cela retourne
de l’Existence au Néant. Tout Lui est donc
possible et tout Lui doit donc son existence.
Dieu est la Matière Première à partir
de laquelle tout est créé. La matière,
l’énergie, le mouvement et le temps sont
eux-même composés de Lui. Ceci fait que tout ce
qui existe, ainsi que le Néant lui-même, fait
partie de Lui. Il est aussi le Créateur de toutes choses.
C’est Lui qui crée tout ce qui existe et lui donne
sa forme et son contenu. Il est enfin le Très Haut, car Il
est la cause même de l’existence de toutes choses,
y compris du Néant.
De ce fait, Dieu sait tout, car le savoir même fait partie de
Lui, est créé par Lui et trouve sa cause en Lui.
On dit ainsi qu’Il est omniscient. De plus, Il est partout
car, aussi loin que l’on aille, on se trouve toujours en Lui.
On le qualifie donc d’omniprésent. Enfin, Il peut
agir partout car, étant partout et sachant tout, rien ne
peut entraver Son action.
Dieu pensa et un point minuscule apparut. Ainsi, par la
création de cet unique minuscule point, Il venait de faire
disparaître le Néant. Dorénavant, Il
serait composé de l’Existence et du vide, mais
plus du Néant. Il décida de nommer ce point
minuscule “univers” et le fit exploser en une
myriade d’étoiles, qui vinrent peupler le vide.
Jamais plus, elles ne cessèrent de resplendir au firmament
céleste.
Alors Dieu créa les deux mouvements: les choses lourdes
iraient vers le bas et les choses légères vers le
haut. Il créa également les quatre
éléments. Le plus lourd était la
terre. Puis venaient l’eau, le vent et le feu. Il les disposa
dans l’ordre hiérarchique de leur pesanteur. La
terre se trouvait donc au centre. Elle fut recouverte par
l’eau, elle-même recouverte par l’air.
Enfin, le plus léger des éléments, le
feu, vint couvrir le tout.
Cette boule de matière, Dieu la nomma Monde. Afin que
mouvement se fasse, Il entreprit de défaire
l’ordre hiérarchique des
éléments. Il plaça le feu au centre de
la terre et l’eau dans le ciel, au-dessus de l’air.
Les éléments bougeaient, alternant ordre et
désordre, retournant systématiquement du
désordre à l’ordre. Dieu se plaisait
à voir comment Sa création se mouvait pour
correspondre à l’ordre hiérarchique de
leur pesanteur.
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Chapitre 2 : La vie
Mais Dieu était parfait, alors que Sa création
était imparfaite. Alors qu’Il était
conscient de Lui-même, Sa création ne pensait pas.
Alors qu’Il choisissait ce qu’Il faisait, Sa
création ne faisait que s’adapter. Alors
qu’Il était capable de créer, Sa
création ne faisait que se suffire à
elle-même. Alors qu’il voulait aimer Sa
création et être aimé d’elle
en retour, elle en était incapable.
Dieu réunit alors l’amour qu’Il avait en
Lui. Il en fit l’esprit, qui ne pouvait être ni
touché, ni vu, ni senti, ni goûté, ni
entendu, car il était différent de la
matière. L’esprit contenait
l’intelligence, composée de la raison et des
sentiments. Dieu y en avait mis le plus de Lui-même: la
capacité de choisir et celle de ressentir. Le
Très Haut associa la matière à
l’esprit, pour que ce dernier puisse exister en harmonie avec
le monde, et nomma le tout “vie”.
Mais la vie était imparfaite. Bien que
créée par Dieu et composante de Lui, elle
n’était pas Lui tout entier. Sa
capacité de choisir était partielle, car son
savoir et son pouvoir n’était pas
illimités. Sa capacité de ressentir
était tronquée, car elle était
composée de matière, neutre et impersonnelle.
Mais Dieu voulait aimer la vie et que la vie l’aime en retour.
Mais, pour que Dieu et la vie puissent s’aimer mutuellement,
il fallait que cette dernière s’efforce
constamment de se rapprocher de la perfection divine. Car elle
était incapable de l’égaler. Le
Très Haut créa donc le troisième
mouvement: les choses supérieures iraient vers Dieu. Ainsi,
la matière dont la vie était composée
étant une chose lourde, elle fut posée sur le
monde, car elle allait vers le bas. Mais, comme elle était
aussi composée d’esprit, qui était une
chose supérieure, elle tendrait vers la perfection divine.
Et sur le monde, la vie prit une multitude de formes, des plus petites
aux plus grandes. Les végétaux
s’emplissaient de la lumière des
étoiles, couvrant ainsi le monde d’une couche de
verdure. Les animaux gambadaient ou voletaient entre les
végétaux. Ainsi, alors que Dieu semblait
immobile, la vie se manifestait par un mouvement incessant. En effet,
Dieu, étant éternel, n’était
pas soumis à ce besoin perpétuel de
mobilité qui faisait que la vie était sans cesse
en activité. Il paraissait ainsi être immobile.
Mais c’est cette action ininterrompue que Dieu aimait par
dessus tout observer dans Sa création.
Mais Dieu n’avait pas conçu le mouvement de la vie
comme une force infinie et, pour qu’il se
perpétue, il fallait que l’animal broute le
végétal, que le prédateur
dévore la proie, et que les cadavres d’animaux
pourrissent pour nourrir les végétaux. Ainsi, la
mort faisait partie intégrante de la vie. Mais, pour que
cela ne détruise pas Ses créatures, Dieu partagea
chaque espèce en deux principes complémentaires,
qu’il appela masculin et féminin. Tous deux
étaient égaux et devaient se rechercher pour
s’unifier, et ainsi perpétuer la vie.
Ainsi, de la vie Dieu créa le temps, où la mort
succède à la vie, la vie à la mort, et
la progéniture à ses géniteurs. De
même, l’eau rejoignait le ciel pour descendre sur
terre et alimenter les rivières, et le feu sortait des
volcans pour alimenter la terre, qui s’accumulait pour
nourrir le feu en son sein. Le monde tout entier était uni
dans un mouvement perpétuel de vie, alors que Dieu
paraissait immobile, échappant aux contraintes du temps.
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Chapitre 3 : Les créatures
Un groupe de ces créatures composant la vie
décida de parcourir le monde pour découvrir les
autres espèces, tant animales que
végétales. Tous prirent leurs affaires sur leur
dos et parcoururent le monde, poussés par la soif de
découverte qui leur avait fait prendre cette
décision.
Ils arpentèrent donc le monde. Ils grimpèrent sur
des collines verdoyantes et de gigantesques montagnes. Ils
traversèrent des ravins, burent dans des
rivières, se reposèrent dans des prairies. Ils
dégustaient tout ce que la vie avait à donner de
plus beau et doux. Ainsi, ils goûtèrent
à la saveur du miel et des fruits. Ils
s'enivrèrent de la senteur des fleurs. Ils
admirèrent les aurores boréales et les
arcs-en-ciel.
Dieu, dans son infinie perfection, avait fait de la vie une merveille,
un délice pour ceux qui savaient la déguster.
Mais toutes les créatures ne savaient pas
apprécier ce cadeau à sa juste valeur. Ainsi, le
petit groupe fut surpris à chaque fois qu’il
rencontra de nouvelles espèces. Chacune d’elles
était dotée de talents qui les rendaient uniques.
Ainsi, le petit groupe pouvait admirer à quel point Dieu
avait doté la vie d’une infinie
variété de richesses. Chaque espèce
était l’occasion pour chacun d’entre eux
d’en admirer les particularités.
Ainsi, ils rencontrèrent des vaches. Celles-ci, broutant
placidement l’herbe, donnaient la tétée
à leurs petits. Plus loin, ils passèrent
près d’une plaine recouverte de blé,
ondulant sous la brise, et croisèrent la route de nombreux
moutons au doux pelage blanc, qui broutaient eux aussi paisiblement.
Continuant de cheminer à travers le monde, ils entendirent
le chant joyeux des oiseaux. Levant les yeux au ciel, ils les virent
virevolter sous les doux nuages couleur de crème, alors que
le ciel d’azur était enluminé par
l’astre solaire.
Ils s’arrêtèrent un moment pour
déguster des légumes goûteux,
rivalisant de formes, de senteurs et de saveurs. Pendant leur repas,
ils purent suivre les galopades de plusieurs chevaux dont les
crinières volaient au vent. Plus loin, ils
s’approchèrent d’un lac et virent des
poissons jouer à se poursuivre mutuellement. Non loin du
rivage avaient pris racine une forêt de gigantesques
chênes dont les branches formaient comme un gigantesque
dôme de feuilles vertes.
Plus loin, ils virent un champ de maïs dont les
épis se gorgeaient de soleil. Quelques cochons s’y
trouvaient, en train de s’en nourrir. Mais toutes ces
créatures ne surprenaient pas seulement le petit groupe par
la variété de leurs natures, mais
également par un aspect commun plus troublant.
En effet, tous avaient comme point commun de se vanter
d’être l’espèce
préférée de Dieu. Leurs talents
étaient la raison qu’ils avançaient
tous. Les vaches vantaient leur nombreuse progéniture, les
moutons leur laine, les oiseaux leurs ailes, les chevaux leur vitesse,
les poissons leur possession des mers, le plus grand territoire du
monde, les chênes leur longévité sans
égal, le blé, le maïs, les fruits et les
légumes leurs goûts et leurs senteurs
variés, le cochon sa force...
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Chapitre 4 : Le doute
Le petit groupe décida de s’arrêter un
moment. Ils s’installèrent sur une colline
verdoyante, où poussaient de superbes fleurs que les
abeilles venaient butiner. Une légère brise
venait courber l’herbe. Les oiseaux chantaient. Les
étoiles venaient éclairer les
créatures pendant qu’elles posaient leurs sacs
à terre et s’asseyaient en cercle.
L’ambiance était maussade, car elles se posaient
toutes la même question.
Toutes les espèces qu’elles avaient
rencontré était doté d’un
talent particulier. Les vaches, créatures qui broutaient
placidement l’herbe, avaient une nombreuse famille. Les
moutons avaient une laine douce et volumineuse. Les ailes des oiseaux
leur servait à parcourir le monde en volant. Les chevaux,
nobles et fougueux animaux, galopaient à la vitesse de
l’éclair. Les poissons étaient les
maîtres des vastes océans. Les cochons
étaient puissants et farouches.
Même les végétaux étaient
dotés de talents uniques. Les chênes
étaient dotés d’une
longévité qui n’avait rien à
envier à leur taille. Le blé se multipliait
à l’envie, couvrant de larges territoires. Le
maïs avait ses épis, gorgés de vie. Les
fruits avaient un délicieux goût sucré
et les légumes des senteurs appétissantes. Et le
petit groupe s’interrogeait. Mais pourquoi leur
espèce n’avait-elle aucun talent particulier?
Certes, les créatures du petit groupe avaient des mains,
mais leur force n’égalait pas celle du cochon.
Certes, elles avaient des jambes, mais elles ne les amenaient pas aussi
loin que les oiseaux et pas aussi vite que les chevaux. Certes, elles
pouvaient procréer, mais pas autant que les vaches ou le
blé. Certes, certaines étaient barbues, mais
c’était une bien piètre consolation
comparé à la volumineuse laine des moutons.
Certes, elles étaient pleines de vie et de santé,
mais bien moins que le maïs, les fruits et les
légumes. Et elles n’osèrent
même pas se comparer à la
longévité et à la taille des
chênes. Toutes ces créatures, animales comme
végétales, avaient de sérieux
arguments pour affirmer, tel qu’elles le faisaient,
qu’elles étaient les
préférées de Dieu. Leurs talents
étaient uniques. Alors, le petit groupe essaya de se trouver
un talent qui était propre à son
espèce.
Son espèce se tenait debout. Mais quel avantage cela lui
donnait? “Aucun”, répondirent de concert
tous les membres du groupe. Leurs mains leur servaient à
construire des outils, mais c’était pour compenser
le manque de griffes ou d’autres organes. Ainsi, leur estomac
était si faible qu’il leur fallait cuire la viande
pour la manger. Et leurs yeux étaient si peu
perçants, contrairement aux chats ou aux hiboux,
qu’il leur fallait s’éclairer dans le
noir. Leur fourrure était si peu épaisse
qu’ils devaient s’abriter lorsque la pluie, la
neige ou la grêle tombaient ou lorsque le vent soufflait trop
fort.
Faisant ce sinistre constat, les créatures du petit groupe
se mirent à pleurer. Ils étaient
persuadés que leur espèce était le
moins aimée de Dieu, qu’Il les
méprisait, qu’ils étaient la lie de Sa
création. Un silence pesant s’était
installé, alors que tous se regardaient mutuellement, chacun
cherchant dans les regards des autres une réponse
à ses questions. Mais ces regards ne portaient aucune
réponse. Ils étaient juste
dégoulinants de larmes.
Mais l’un d’eux était resté
à l’écart du groupe. Il regardait vers
les étoiles. Tous les membres du groupe le
négligeaient, le considérant comme un faible
d’esprit. Il leur répondait souvent
“Heureux les pauvres en esprit...”, mais ne savait
que rajouter à cette réplique. Pourtant, de tous,
il était le seul à se demander ce que Dieu
désirait, au lieu de se plaindre de son sort. Cet homme
s’appelait Oane.
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Chapitre 5 : La réunion
Dieu regardait, ému, le petit groupe de créatures
qui pleurait. Elles se sentaient abandonnées de Lui, car
elles n’étaient pas dotées de talents
particuliers. Elles en étaient venues à croire
qu’Il les détestait, alors qu’Il aimait
chacune de Ses créations. Elles faisaient partie de Lui et
les détester reviendrait à haïr une part
de Lui. Il avait créé l’univers, le
monde et la vie pour pouvoir les aimer, et Il les aimait.
Par à cet amour, Dieu avait doté chaque
espèce de créatures composant la vie de talents
afin qu’elles trouvent toutes leur place dans Sa
création. Mais ce magnifique cadeau restait invisible aux
yeux de ce petit groupe membre. Les humains qui le composaient
étaient habités par le doute, restant aveugles
à Son amour. Leurs larmes étaient
sincères mais injustes. Ils ne demandaient
qu’à être aimés de Lui, mais
ne voyaient pas qu’Il le faisait déjà.
Les autres créatures étaient conscientes de ce
cadeau, mais n’en avaient pas compris la raison. Elles
s’imaginaient toutes être les seules à
être ainsi récompensées. Les unes
pensaient que seule la force étaient un cadeau de Dieu.
D’autres faisaient la même erreur avec la vitesse,
la nombreuse progéniture, la
longévité, la laine, la capacité
à voler ou encore le territoire qui leur avait
été alloué par Lui. Elles
s’estimaient donc toutes favorisées de Lui et se
croyaient Ses préférées.
Mais cet humain, que les siens appelaient Oane, portait en lui le germe
du talent que Dieu avait donné aux siens. Il prenait petit
à petit conscience du véritable amour que Dieu
portait à Sa création. Il commençait
à comprendre que chaque composante de la création
était aimée de Dieu, mais ne savait pas encore
pourquoi. Il passait son temps à regarder les
étoiles, espérant y trouver le Très
Haut, mais il ne savait rien de Son omniprésence.
Alors, Dieu décida que le temps était venu de
donner sa véritable place dans l’univers
à l’espèce dans laquelle se trouvait la
seule créature qui comprenait l’amour, seul
véritable sens de la vie. Il se dit qu’il fallait
éprouver l’amour que Ses créatures
avaient pour Lui. Pour ce faire, Il décida de
réunir toutes les créatures du monde en un seul
endroit et de leur demander ce qu’était la vie. Ce
qu’Il ferait d’elles dépendrait de leurs
réponses.
Alors, d’une seule pensée de Dieu, toutes les
créatures du monde entier furent au courant de la
convocation divine. Sans attendre, elles se mirent en route. Il
existait une gigantesque plaine verdoyante sur un continent verdoyant.
C’était là que le monde entier devait
se réunir pour entendre la question divine.
C’était là que le sort de
l’univers allait se jouer.
Il fallut de nombreuses années pour réunir tant
de créatures. Toutes ne survécurent pas
à ce long voyage, mais aucune n’avait
l’intention de rebrousser chemin. Dieu avait
insufflé en elles l’envie irrépressible
de venir rejoindre la grande réunion de toute la
création. Elles traversèrent les mers, les
montagnes, les glaciers, les déserts brûlants et
tant d’autres lieux difficiles. Elles continuaient cependant
à vivre, à mourir, à se nourrir et
à procréer. Mais tout cela en ne cessant jamais
d’avancer.
Et enfin vint le jour fatidique où toute la
création était réunie.
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Chapitre 6 : La question
Ce fut la plus grande concentration de créatures qui ait
jamais eu lieu.
Elles étaient plusieurs milliards à
s’être réunies sur la même
gigantesque plaine. Elles se côtoyaient sans la moindre
animosité. Les loups attendaient auprès des
moutons, les chiens auprès des chats, les aigles
auprès des mulots et les lions auprès des
gazelles. On y voyait même des
végétaux. Ainsi, les chênes, sapins,
peupliers, oliviers, pommiers, dattiers et autres arbres formaient la
plus gigantesque forêt qui soit. Les fleurs, les
légumes, les fruits, le blé et le maïs
étaient aussi présents. La gigantesque plaine
était un véritable sanctuaire pour toute la vie,
car elles attendaient toutes patiemment que Dieu viennent à
elles pour leur poser la question.
Alors gronda le tonnerre, les nuages
s’écartèrent et une douce
lumière se fit dans l’espace ainsi
dégagé dans le ciel. Parmi les
créatures, un grand silence se fit. De la lueur
céleste, une voix grave, pénétrante,
mais douce et sereine se fit entendre. Alors, la voix dit:
“Ecoutez-Moi, vous que J’ai conçu, car
Je suis votre Dieu. Sans Moi, vous n'existeriez pas, et à
Moi, vous devez fidélité.”
Dieu ajouta: “Nombre d’entre vous se disent Mes
préférés, mais jamais Je
n’ai jusqu’alors donné de
préférence quelque créature que ce
soit. Alors, le temps est venu que Je change cela. Le temps est venu
que Je fasse un choix parmi Mes créatures. Le temps est venu
que Je nomme une espèce parmi vous “Mes
enfants”. Pour faire ce choix, Je vais vous poser une unique
question.”
Dieu leur demanda donc: “Vous vivez grâce
à Moi, car Je suis votre créateur. Vous vous
nourrissez, vous vous reproduisez, vous élevez votre
progéniture. Mais vous ne savez pas pourquoi vous vivez.
Selon vous, quel sens ai-Je donné à la
vie?”.
La plupart des créatures ne surent que répondre.
Elles se regardaient les unes les autres, espérant trouver
chez leurs voisines la réponse à cette bien
étrange question. On pouvait observer un poisson rester
béat, ne sachant que dire, un cheval frottant le sol de ses
sabots, un chêne se courbant, cherchant
désespérément la réponse
à ses racines, et même une colombe se grattant la
tête en signe de réflexion.
Mais l’une d’entre elles
s’avança. Elle semblait sûre
d’elle et de sa réponse. Toutes les autres
espèces lui ouvrirent le passage et, bientôt, un
espace se dégagea autour d’elle. Elle leva les
yeux vers Dieu, mais son regard était plein de suffisance.
Elle répondit: “Tu as fait les
créatures animées par le besoin de se nourrir. Tu
as fait les forts capables de dévorer les faibles. Sans
conteste, il s’agit donc d’assurer la domination du
fort sur le faible!”.
Elle ajouta: “J’en veux pour preuve que je suis le
dernier représentant de mon espèce. Seul le plus
fort a survécu parmi les miens! Si Tu me nommes
“Ton enfant”, je saurai Te montrer qui, de toutes
créatures, doit dominer le monde.”
Elle attendit que Dieu la félicite pour sa
réponse, mais en vain. Car Il ne lui répondit pas.
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Chapitre 7 : L'amour
Dieu ne répondit pas à la créature qui
avait fait l’apologie de la domination du fort par le faible.
Il se tourna vers un groupe de créatures.
C’était justement celui qui faisait partie de
l’espèce humaine et qui avait parcouru le monde.
Dieu savait que ce groupe se croyait rejeté par Lui. Ces
humains pensaient être privés de tout talent. Ils
estimaient être mis à l’écart
de la création du fait de leur prétendue
infériorité. Mais, parmi eux, l’humain
qui portait le nom d’Oane détenait, sans en
être sûr, la réponse à la
question posée par le Très Haut.
Car Oane doutait. Il regardait souvent les étoiles,
espérant voir Dieu. Il aimait le Très Haut
d’un amour sincère, mais ne savait pas si cela
était le véritable sens de la vie. Il voulait
bien donner sa réponse, mais il était
considéré comme faible d’esprit par son
groupe et personne ne voulait le laisser parler. Mais Dieu
était omnipotent. Il avait écouté le
groupe d’humains se plaindre. Mais surtout, Il avait
perçu l’amour et le doute dans le coeur
d’Oane.
Alors, depuis le ciel, un rayon de lumière se fit et vint
nimber Oane. Toutes les créatures furent ébahies,
admirant la douce lumière qui auréolait
l’humain. Elles s’écartèrent
alors, le laissant seul face à Dieu. Il contempla son corps
enluminé d’un regard plein de
curiosité. Puis il se tourna vers les membres de son groupe.
Pour la première fois de sa vie, il put voir dans leur
regard non pas du mépris mais du respect.
Et Dieu lui demanda: “Et toi, l’humain,
n’as-tu rien à Me répondre?
J’ai ici convoqué toute Ma création
pour trouver celui qui donnera la juste réponse à
Ma question. Tu es venu et tu n’as pas répondu.
Alors, maintenant, Je te somme de le faire!”. Alors, Oane,
terrifié par le ton sévère de son
créateur, leva les yeux vers Lui et, d’un ton
hésitant, dit: “Mais, ô Très
Haut, je ne sais si ma réponse est juste...”. Et
Dieu lui ordonna: “Parle et je te le dirai!”.
Alors, Oane répondit: “Tu as certes fait Tes
créatures se nourrissant les unes des autres. Il leur faut
chasser et tuer pour se nourrir. De même, il leur faut se
battre pour défendre sa vie. Mais il n’y a pas de
fort ni de faible. Personne ne rabaisse ni ne piétine les
autres. Nous sommes tous unis dans la vie et nous sommes tous Tes
humbles serviteurs. Car Tu es notre créateur.”
“C’est pour cela que Tu as donné des
talents plus beaux les uns que les autres à toutes Tes
créatures. Chacune d’elles a sa place dans Ta
création. Son talent permet à chacune
d’elles de la trouver. De ce fait, il n’y a pas de
créature préférée de Toi,
ô Très Haut. Nous sommes toutes pareillement
aimées par Toi et nous nous devons tous t’aimer en
retour. Car, sans Toi, nous n’existerions pas. Tu nous a
créé alors que rien ne t’y obligeait et
nous nous devons de t’aimer pour te remercier de ce
geste.”
“Nous sommes certes enchaînées
à la matière, certes soumis à ses
lois, mais notre but est de tendre vers Toi, l’Esprit
Éternel et Parfait. Donc, selon moi, le sens que Tu as
donné à la vie est l’amour.”
Alors Dieu dit: “Humain, puisque tu es le seul à
avoir compris ce qu’était l’amour, Je
fais de tes semblables Mes enfants. Ainsi, tu sais que le talent de ton
espèce est sa capacité à
M’aimer et à aimer tes semblables. Les autres
espèces ne savent aimer qu’elles-mêmes.
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Chapitre 8 : La décision
Toutes les autres créatures furent surprises de cette
décision de Dieu de faire des humains Ses enfants. Elles ne
comprenaient pas ce qu’était l’amour et
ne pouvaient concevoir que le Très Haut y accorde tant
d’importance. Toutes se mirent à chuchoter,
espérant que l’une d’elles explique aux
autres ce choix divin.
Mais Dieu tourna Sa voix en direction des créatures qui
n’avaient pu Lui donner de réponse. Il leur dit:
“Vous qui n’avez pas su me répondre,
vous qui vous prétendiez Mes créatures
préférées. Vos esprits ne seront plus
des choses supérieures. Elles ne tendront plus vers Moi.
Comme vous serez dorénavant soumis à
l’humain, de part votre nature strictement
matérielle, je vous prive du langage. Vous
bêlerez, meuglerez, grognerez, siffloterez, miaulerez ou
aboierez jusqu’à la fin des temps!”.
Puis, Dieu tourna Sa voix en direction de la créature qui
avait affirmé la domination du fort sur le faible. Il lui
dit: “Puisque tu es si sûre de ton choix, je te
laisse l’occasion de le prouver. Tu conserveras ton esprit,
mais ton corps sera fait d’ombre. Ainsi, tu vivra, seul,
côtoyant les humains, jusqu’à ce que Je
te délivre de ta peine. Ainsi, personne ne te verra et
personne ne te nommera, car J’ai Moi-même
décidé de ne pas le faire.”
Dieu tourna ensuite Sa voix en direction d’Oane et lui dit:
“J’ai fait de ton espèce Mes enfants. Je
fais maintenant de vos esprits des âmes. Elles se
différencient des esprits des autres espèces en
ce qu’elles resteront dorénavant les seules
à être de nature supérieure,
à tendre vers Ma divine perfection. Ainsi, je divise le
temps en sept parties, appelées “jours”,
afin qu’à chaque septième jour, toi et
les tiens vous vous réunissiez pour honorer votre
père: Moi.”
“Mais il faudra encore que, chaque jour, toi et les tiens
fassiez perdurer votre espèce. A l’exception de
celle que Je n’ai pas nommée, J’ai fais
de toutes les créatures vos soumises. Ainsi, vous vous en
nourrirez, sans qu’elles ne se nourrissent de vous. Ce
pouvoir dont vous disposez de vous nourrir des autres
espèces, Je le nomme “travail”. Mais,
afin que vous n’oubliiez jamais que ce pouvoir est un don de
Moi, vous récompensant ainsi de ta bonne réponse,
Oane, le travail sera laborieux, difficile, usant et fatigant. Mais ne
te plaints pas de la souffrance que cela te cause, car, en
vérité, c’est un bien beau cadeau que
Je te fais.”
“Afin que vous remplaciez par de nouvelles
générations celles dont la vie se termine, je
vous fais un cadeau bien plus beau encore. Cet amour que
J’attend de vous, Je vous permet aussi de
l’éprouver également envers vous, en
couple. La tendresse et le désir mutuels seront les
composantes de ce pur sentiment. La procréation en sera le
but. Mais seul l’amour que J’aurai béni
pourra permettre l’acte de chair, afin que votre
espèce perdure dans Mon amour.”
Alors, Dieu créa deux astres au-dessus du monde.
L’un, rayonnant de lumière, fut appelé
“soleil”. L’autre, luisant froidement,
fut nommé “lune”. Dieu expliqua
à Oane: “Que votre fidélité
soit celle des enfants envers leurs parents ou je serais aussi
sévère que les parents envers leurs enfants. Car,
lorsque chacun de vous mourra, Je le jugerai, en fonction de la vie
qu’il a mené. Le soleil inondera chaque jour le
monde de sa lumière, par preuve d’amour pour Ma
création. Ceux, parmi les tiens, que j’y enverrai,
vivrons une éternité de bonheur. Mais entre
chaque jour, la lune prendra la relève. Et ceux qui, parmi
les tiens, y seront jetés n’y connaitront plus que
la tourmente.”
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Partie II : La pré-Histoire
Chapitre 1 : Oanylone
Les humains étaient désormais les enfants de
Dieu. Cela avait pour conséquence qu’ils
étaient maintenant dotés dune âme, qui
serait jugées à la fin des temps en fonction de
leur pratique de la vertu. De plus, cela faisait qu’ils
étaient maintenant voués à travailler
pour assurer leur subsistance. Les autres créatures de la
création, exceptée celle que le Très
Haut n’avait pas nommé, leur étaient
soumises. Les humains pouvaient ainsi les cultiver et les
élever pour s’en nourrir.
Dieu n’intervint plus dans le monde, laissant Ses enfants
vivre et prospérer. Il avait donné à
la créature qu’Il n’avait pas
nommée la liberté de les tenter pour
qu’ils doivent avoir à choisir entre le chemin de
la vertu et celui du péché. Etant omniscient, Il
savait déjà comment serait leur avenir, mais il
voulait que ce soit à eux de faire leurs preuves, sans les
juger par avance.
Oane, celui qui avait correctement répondu à
Dieu, était maintenant passé du statut simple
d’esprit de la communauté à guide de
celle-ci. Il ne rechignait pas à la tâche. Il les
conduit à travers le monde se trouver un lieu propice
à leur épanouissement. Pendant des
années, ils traversèrent des déserts,
des montagnes et des plaines du monde entier. Oane
s’affaiblissait tout au long de ce périple, mais
il n’abandonna jamais.
Finalement, le jour vint où ils trouvèrent une
vallée propice à leur établissement.
Il s'y trouvait un lac, qui semblait foisonnant de poissons. De vastes
espaces étaient propices à
l’élevage et à la culture. Les
forêts environnantes fourniraient du bois. Il y avait
même un verger, où poussaient de nombreux arbres
fruitiers. La vallée se trouvait au pied d’une
montagne, d’où des minéraux, tels que
de l’or, du fer ou du charbon, pouvaient être
extraits.
Oane était ravi que sa quête soit enfin
arrivée à son terme. Il admirait la plaine du
regard lorsqu’il s’effondra. Tous
s’attroupèrent autour de lui pour lui venir en
aide. Quelques uns tentaient de le maintenir dans une position presque
assise, mais il était clair pour tous qu’il vivait
ses derniers instants. Mais, malgré le tragique de
l’événement, alors que tous
étaient effarés, Oane arborait un sourire plein
de sérénité.
Il dit: “N’ayez crainte, car ma mort
n’est qu’un passage pour rejoindre Dieu.
J’ai atteint la place que Dieu m’a
réservé dans le monde et ait accompli ce
qu’Il attendait de moi. La mort n’est pas pour moi
la perte de la vie mais le passage vers une autre, bien meilleure. Il
en sera de même pour vous si vous savez vivre dans la vertu.
Alors, que vos larmes ne soient pas de tristesse mais de joie, car le
Très Haut me fait le plus beau des cadeaux. Aimez Le et Il
vous aimera. Adorez-Le et Il vous bénira. Vivez dans la
vertu et Il vous accueillera à Ses
côtés.”
Alors, il rendit son dernier soupir. Et tous se regardèrent
les uns les autres, ne comprenant pas cette
sérénité qui s’affichait
encore sur le visage de leur guide. Ils enterrèrent son
corps au milieu de la vallée, là où
ils vivraient dorénavant. Ils firent le serment que, chaque
semaine, ils se réuniraient autour de sa tombe, afin
qu’il les accompagne et les guide lorsqu’ils
rendraient hommage à Dieu.
Mais aucun ne comprit l’amour qu’avait Oane pour
Dieu lui fasse accepter la mort avec autant de
sérénité. Mais personne ne voulait lui
faire le moindre reproche, à lui qui avait tant fait pour
eux. En hommage à sa vie au service des humains et de Dieu,
ils décidèrent de nommer la cité
qu’ils allaient construire Oanylone, “la
cité d’Oane”.
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Chapitre 2 : Le travail
Le temps faisant son travail, les hommes et les femmes devinrent de
plus en plus nombreux, maintenant leur amour pour Dieu et rejetant dans
l’ombre La Créature Sans Nom. Celle-ci nourrissait
chaque jour un peu plus son amertume et sa colère envers ce
peuple tant aimé de Dieu qui lui avait pris sa place de
reine de la Création. Les hommes et les femmes vivaient
insouciants alors que dans l’ombre, leur ennemi
préparait sa vengeance.
Dieu avait ordonné aux hommes et aux femmes de travailler
pour assurer leur subsistance. Ce dur labeur les éloignait
ainsi de l’acédie. Et les hommes et les femmes
savaient être inventifs, car Dieu les avait conçus
ainsi. Ils récoltaient ce qu’Il avait
placé pour eux dans la nature. Ils se mirent à
contrôler ces ressources afin d’assurer leur
subsistance et leur vie n’en fut que meilleure.
Ils prirent le blé qui poussait dans la nature et le
cultivèrent dans leurs champs. Le meunier transforma le
blé en farine dans son moulin. Le boulanger la cuisit dans
son four pour faire le pain. Ils prirent le maïs qui poussait
dans la nature et le cultivèrent dans leurs champs. Ils
prirent les légumes qui poussaient dans la nature et les
cultivèrent dans leurs potagers. Ils cueillirent les fruits
qui se trouvaient dans certains arbres et purent ainsi s’en
nourrir. Le plaisir apporté par les légumes et
les fruits les rendait plus agréables à
côtoyer.
De la mer, des rivières et des lacs, ils
pêchèrent du poisson. Et leur intelligence
s’en trouva grandie. Ils inventèrent la barque et
les poissons se firent plus nombreux encore entre leurs mains. Parfois,
certains d’entre eux se réveillaient un matin sous
une barque. Ils priaient alors Dieu de ce cadeau. Ils
élevèrent des vaches, des cochons et des moutons
dans leur pâturage, prenant soin de ces créatures
qui leur avait été confiées par Dieu.
Ils les nourrirent et ces créatures devinrent plus grasses.
Le boucher prépara la viande à partir des
carcasses de ces créatures. Pour cela, ils
inventèrent le couteau, instrument permettant de
séparer les chairs les unes des autres. La viande
qu’ils en tirèrent les nourrissait, mais ils se
sentaient surtout plus forts après en avoir
consommé. Des vaches, ils prirent également le
lait, doux nectar sans égal.
Ils tondirent les moutons et en prélevèrent la
laine. Ils en récupérèrent la peau
pour en faire du cuir. Le tisserand lia la laine et le cuir pour en
faire des vêtements, qui les protégeaient du vent
et assuraient la décence de leur apparence. La nature leur
donnant accès à tout ce qu’ils
pouvaient espérer, ils durent inventer des tonneaux,
où ils purent entreposer les fruits de leur labeur.
Pour se protéger lorsque les fenêtres du ciel
s’ouvraient, ils créèrent les maisons
et y habitèrent. Ils les aménagèrent
avec des lits, des bougies, des tables, des chaises... et tout ce qui
pouvait améliorer le confort de leur vie. Pour cela, le
mineur préleva la pierre et le fer dans les mines. Et le
bûcheron coupa le bois des arbres. Pour faciliter ce travail,
le forgeron modela le fer et le bois pour en forger des outils, tels
que les haches ou les couteaux.
Parfois, Dieu contribuait à cet âge de bonheur en
donnant à ceux qui savaient aimer le monde de la nourriture,
qu’ils n’avaient alors pas à produire.
Parfois également, ils les encourageait en les rendant
temporairement plus forts, plus intelligents ou plus charismatique. Et
le dimanche, avant le repas, ils se réunissaient au milieu
de leurs habitats, autour de la tombe d’Oane, pour prier
ensemble Celui qui les aimait tant. En effet, ils n’avaient
pas encore de clercs, car n’en avaient pas encore
l’utilité, étant en communion directe
avec Dieu.
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Chapitre 3 :
La société des hommes et des femmes
était belle et raffinée.
Ainsi, ils apprirent à produire du vin à partir
du raisin, après de longues années
passées à tenter de saisir les
subtilités de l’affinement d’une telle
boisson. Ils découvrir également à
brasser la bière à partir de l’orge et
du houblon. Pour cela, ils inventèrent des fours
à la taille impressionnante. Ils durent apprendre
à travailler de concert afin d’arriver
à de tels résultats. Mais d’aucuns ne
doutaient que le jeu en valait la chandelle.
De plus, les arts et les sciences furent alors conçues pour
les élever encore plus vers Dieu. Ils apprirent à
composer de la musique, les chants devenant de plus en plus beaux et
les instruments qui les accompagnaient de mieux en mieux
conçus. Ils découvrir les plantes qui soignaient
les plaies et les maladies, afin que leur santé serve
à glorifier le Très Haut plus longtemps. Ils
inventèrent l’écriture, qui leur permit
de conserver tout leur savoir pour les
générations à venir.
Dieu était satisfait. Ses enfants se sublimaient dans la
place qu’Il leur avait donnée. Mais Il savait que
ce beau printemps allait voir les fleurs de la vertu se faner. Car la
Créature Sans Nom ruminait encore et toujours sa rage et sa
colère. Tapie dans l’ombre, elle attendait le
moment propice pour prouver au Très Haut que la
réponse qu’avait donné Oane
n’était pas la bonne. Elle persistait dans
l’erreur, niant la force de l’amour et
s’entêtant à concevoir la domination du
faible par le fort comme le sens de la vie.
Mais toutes les inventions que les humains avaient
créées rendaient leur labeur moins dur. Ils
avaient de moins en moins de travail à faire et de plus en
plus de fruits à récolter. Là
où auparavant, ils leur fallait un mois pour
récolter du blé, il ne leur en fallait plus
désormais que le tiers. Alors qu’ils ne
pêchaient auparavant qu’un poisson tous les deux
jours, ils en avaient dorénavant un par jour, parfois deux.
Là où ils leur fallait jadis travailler chaque
jour pour cultiver des légumes, il ne leur restait plus
désormais qu’à récolter.
Et la principale des sciences n’existait pas encore. La
théologie était inconnue de ces humains.
N’ayant pas de clercs, il n’y avait encore personne
pour se consacrer entièrement à Dieu.
N’ayant pas de texte sacré, il n’y avait
rien à étudier. La foi humaine était
brute, en cela qu’elle n’avait pas encore
d’intermédiaire. Mais cette apparente
pureté de leur amour pour Dieu était justement ce
qui allait les conduire à leur perte.
Les humains se laissèrent griser par la douceur de leur vie.
Elle leur semblait si douce et si agréable qu’ils
ne comprenaient plus l’intérêt de
consacrer leur vie au travail. Chaque plaisir leur donnait
l’occasion de négliger leur labeur. Ils aimaient
le monde, mais ils l’aimaient pour lui-même, pas
parce que Dieu leur avait donné, par amour pour eux. Ils se
détournaient peu à peu de l’amour de
Dieu.
Le premier péché fut ainsi involontairement
découvert par les humains. Elle porta plus tard le nom
d’acédie. Celle-ci consistait à se
détourner de l’amour divin, de
s’abandonner à la vie matérielle en
négligeant la vie spirituelle, de se préoccuper
de l’instant sans garder à l’esprit ce
pour quoi Dieu nous avait conçus. Elle allait amener aux
autres péchés, conduisant ainsi les humains
à leur perte. Elle atteignit son comble lorsque le dimanche
ne fut plus occupé à la prière, mais
à la paresse.
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Chapitre 4 : Les péchés
Les humains avaient découvert l’acédie.
Ils avaient dédaigné l’amour de Dieu
pour lui préférer les choses
matérielles qu’Il avait
créées. Ils avaient pris goût
à une part du divin, en oubliant qu’il fallait
aimer l’ensemble. Oane n’était plus
là pour les guider, lui qui avait été
le seul à comprendre ce qu’était
l’amour du Très Haut. Maintenant seuls,
privés de leur guide, les humains ne savaient plus
différencier la vertu de l’erreur.
Certains se mirent alors à manger plus que la faim ne le
leur demandait, y prenant un plaisir qui ne faisait que
s’amplifier. Le goût sucré des fruits,
la chaleur de la viande et l’ivresse de l’alcool
prirent le pas sur les plaisirs simples de la vie. Il n’y
avait plus la moindre place dans leurs plaisir pour la douce senteur
des fleurs, ni pour la beauté des paysages. Ils en
arrivèrent à un tel point que même les
si nombreux fruits de leur labeur ne suffisaient plus à
combler leurs envies.
C’est alors que la gourmandise brisa les liens qui unissaient
les hommes et les femmes. Chacun gardait pour soi les fruits de son
propre labeur et refusait de le partager. Le fort produisait plus,
mangeait plus, buvait plus, et devenait plus fort encore. Le faible
produisait moins, mangeait moins, buvait moins, et
s’affaiblissait. La communauté des hommes et des
femmes se divisait à cause de leur goût
immodéré des choses matérielles, qui
les conduisit à l’avarice.
Alors, l’homme et la femme se firent orgueilleux. Le fort se
mit à mépriser le faible, qui ne pouvait pas se
nourrir autant qu’il le souhaitait. Comme la
Créature Sans Nom, ils pensaient maintenant que le
rôle des forts était de dominer les faibles.
Celle-ci vit donc que l’heure de sa revanche était
venue. Elle se mut dans l’ombre et s’approcha alors
de ceux qui étaient ainsi méprisés,
car ils n’avaient plus assez pour se nourrir. Elle leur
demanda: “Pourquoi vous laissez-vous faire ainsi, pourquoi ne
pas renverser les rôles?”
Et le faible se mit à envier le fort. Le fort, satisfait de
sa situation, ne voyait pas le faible se demander pourquoi il
était moins bien loti que lui. La Créature Sans
Nom exultait de joie, car elle sentait l’heure de sa gloire
arriver. Elle murmura à l’oreille du faible et
attisa son envie. La colère gronda dans le coeur du faible,
qui se révoltait intérieurement contre cette
injustice. Elle lui demanda pourquoi il liait ce sentiment dans son
esprit et ne le laissait-il pas s’exprimer?
Alors, l’homme et la femme frappèrent leurs
frères et leurs soeurs. Prenant couteau et hache en main,
chacun frappa l’autre en une tempête de violence et
de destruction. Ils venait d’inventer la guerre, qui
atteignit son paroxysme lorsque chacun se mit à
brûler la maison et à dévaster les
champs de l’autre. La Créature Sans Nom vint
à nouveau près de ceux qui
l’écoutaient et leur dit que la violence et la
haine leur permettrait dorénavant de dominer leur prochain.
L’homme prit alors la femme et la femme prit
l’homme. Le fort abusa du faible et le faible subit le fort.
Tous s’unirent en une orgie bestial de stupre et de violence.
Leurs corps mêlés reflétaient les
flammes des maisons qui brûlaient. La nourriture
était dévorée, la boisson engloutie.
Les paroles suaves encourageaient les gestes indécents. Une
véritable orgie de débauche avait lieu. Et de
l’amour de Dieu il ne fut plus question.
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Chapitre 5 : Le roi du péché
Cela dura des semaines et des mois. La débauche des humains
n’avait plus de limites. Plus aucun, alors, n’avait
la moindre intention de travailler. La violence et le stupre
était leur pain quotidien. Les greniers furent
jetés à bas et tous se battirent pour
récupérer le plus possible de denrées.
Ils ne voulaient plus que s’abandonner à leur
excès pour les choses matérielles.
Tous se méfiaient les uns des autres. Le moindre
prétexte était bon pour recommencer leur ode
à la violence. Lorsque l’un, poussé par
la gourmandise, enviait les nourritures que l’autre
possédait et tentait de le lui dérober,
l’autre, poussé par l’avarice,
répondait par la violence. Plus personne ne se parlait,
sinon en se menaçant et en s’insultant.
Les hommes et les femmes ne regardèrent plus vers les
étoiles. Le péché avait prit le
contrôle de leur vie. Ils avaient oublié
jusqu’à l’existence même de
Dieu et ne ressentaient plus son amour. Ils n’aimaient plus
que les plaisirs malsains du péché. Sans Oane
pour la leur rappeler, la vertu fut oubliée et le vice fut
élevé sur le piédestal de leur
détestable vie.
Leur seul interlocuteur était la créature
à laquelle Dieu n’avait pas donné de
nom. Elle exultait de bonheur, pensant avoir enfin
démontré au Très Haut que sa
réponse était la bonne et que celle
d’Oane était fausse. Selon elle, le fort devait
dominer le faible et le faible se soumettre au fort. Elle niait la
puissance de l’amour comme sens de la vie et
détestait Oane pour la pureté de sa foi.
Elle fut la seule à s’être
rappelé qu’il avait été
enterré au centre de la cité. Pour le
défier, elle alla sur sa tombe et en renversa la pierre
tombale. Elle déterra le cadavre d’Oane et dansa
une nuit entière, piétinant son corps, en
chantant sa joie d’avoir détruit son oeuvre. Tout
autour d’elle, la ville était en flammes, alors
que les humains se battaient, se violaient, se tuaient et se
torturaient mutuellement. L’heure de son triomphe semblait
être venu pour la créature que Dieu
n’avait pas nommé.
Elle alla dans les mines récupérer ce dont elle
avait besoin pour se forger sa couronne de reine de la
Création. Elle était faite d’or,
d’argent, de diamant, de rubis,
d’émeraudes et de tout ce qu’on pouvait
trouver de plus précieux au monde. Son poids
témoignait de l’orgueil et de la haine envers les
hommes et les femmes qu’avait développé
la créature que Dieu n’avait pas nommé.
Et celle-ci était la seule à lever les yeux au
ciel, mais c’était pour afficher son sourire de
triomphe envers Celui dont elle attendait l’aveu
d’échec.
Alors, Dieu voulu donner une grande leçon à ces
humains, qui l’avaient trahis. Le ciel se fit noir au-dessus
de la communauté et les vents soufflèrent avec
force. Il leur dit: “Alors que je vous ai donné
mon amour, vous vous en êtes détournés,
préférant écouter les paroles de la
créature à laquelle je n’ai pas
donné de nom. Vous avez
préféré vous abandonner aux plaisirs
matériels plutôt que de me rendre
grâce.”
Il ajouta: “J’ai créé pour
vous un lieu appelé Enfer, que j’ai
disposé dans la lune, où les pires
d’entre vous connaîtront une
éternité de tourments pour les punir de leurs
péchés. Dans sept jours, votre cité
sera engloutie dans les flammes. Et ceux qui y seront restés
passeront l’éternité en Enfer.
Cependant, Je suis magnanime, et ceux d’entre vous qui
sauront faire pénitence passeront
l’éternité dans le soleil,
où se trouve le Paradis.”
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Chapitre 6 : La punition
Les humains s’étaient tant abandonnés
au péché que Dieu avait
décidé de les punir. Mais la plupart
d’entre eux ne comprenaient pas en quoi ils avaient
fauté, tant avait été grand leur
abandon au vice. Ils avaient tellement pris goût aux plaisirs
de la vie qu’ils tremblaient à
l’idée de la quitter. Nombre d’entre eux
décida alors de fuir la ville maudite d’Oanylone.
Mais la Créature Sans Nom trouva sept humains dont le
goût pour le péché était si
prononcé qu’ils en incarnaient chacun un.
Asmodée s’était abandonné
à la gourmandise, Azazel à la luxure, Belial
à l’orgueil, Lucifer à
l’acédie, Belzébuth à
l’avarice, Léviathan à la
colère et Satan à l’envie. Suivant les
conseils de la Créature Sans Nom, ils
prêchèrent la rébellion contre Dieu,
affirmant que seule la jalousie Le motivait dans sa décision
de punir les humains. Ils ajoutaient qu’Il était
faible et ne pourrait jamais mettre Sa menace à
exécution. Nombre d’humains les
écoutaient avec attention.
Sept humains avaient cependant compris quelle erreur ils avaient
commis. Leur noms étaient Gabriel, Georges, Michel,
Miguaël, Galadrielle, Sylphaël et Raphaëlle.
Ils prêchèrent l’humilité,
affirmant qu’il fallait accepter la punition pour se laver de
ses péchés. Le discours de chacun
témoignait des vertus qu’ils
s’étaient mis à incarner. Gabriel
faisait montre de tempérance, Georges
d’amitié, Michel de justice, Miguaël de
don de soi, Galadrielle de conservation, Sylphaël de plaisir
et Raphaëlle de conviction. Seule une poignée
d’humains était sensible à leurs
paroles, mais la pureté de la foi de chacun
d’entre eux valait le vice de cent pécheurs.
Les six jours furent terribles, les éclairs
déchirant le ciel et le tonnerre ébranlant la
volonté des plus faibles. Nombre d’humains fuirent
alors la ville. Seuls restaient les plus vils, qui
écoutaient les prêches des sept incarnations du
péché, et les plus vertueux, qui, à
l’instar des sept incarnations de la vertu, acceptaient la
punition de Dieu. Même la Créature Sans Nom eut la
prudence de prendre la fuite, laissant les sept corrompus
s’aveugler dans leur folie.
Le septième jour vint conclure la sentence divine dans un
titanesque cataclysme. Dans un tremblement assourdissant, le sol
s’ouvrit sous les pieds des rares à être
restés en ville. Des flammes hautes comme une
cathédrale vinrent les dévorer. Les
bâtiments furent mis à bas, les pierres
s’effondrant sur leurs habitants, et les flammes
dévastaient tout. Bientôt, toute la
cité fut engloutie dans les entrailles de la terre, ne
laissant plus aucune trace de son existence.
Les sept incarnations du péchés furent punies par
Dieu. Elles furent jetées dans la lune, vivant depuis une
éternité de souffrances sous le titre de
Princes-démons. Ceux qui les avaient
écoutés subirent le même terrible sort,
portant depuis le titre de démons. Leur amour du vice et
leur haine de Dieu ne faisant que s’accroître au
cour des siècles, ils prirent de plus en plus de malsain
plaisir à pratiquer leur office. Et leur corps
refléta peu à peu la noirceur et la
bestialité de leur âme.
Mais Dieu vit que les sept purs, ainsi que leurs disciples, avaient
prouvé que les humains étaient capables de
repentance et d’humilité. Il les éleva
dans le soleil et furent bénis par une
éternité de bonheur au Paradis. Les sept purs
furent appelés archanges et leurs disciples anges. Ils
devaient seconder le Très Haut en aidant les humains, chaque
fois que ce serait nécessaire, à combattre la
tentation de la créature qu’Il n’avait
pas nommée.
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Chapitre 7 : L'exode
La ville toute entière d’Oanylone fut ainsi
engloutie dans les entrailles du monde, dévorée
par les flammes. Afin de purifier les lieux, Dieu répandit
du sel sur les traces de la cité du
péché, afin que plus aucune vie ne s’y
installe et n’y prospère. La puissance du
cataclysme divin vint couvrir le ciel de poussière sur
plusieurs lieues à la ronde. Les divers groupes qui
l’avaient fuit redoublèrent de
célérité afin
d’échapper à la catastrophe, laissant
derrière eux leur ancienne vie. La plupart
pleurèrent de ce qui leur semblait être une
injustice. S’étant détournés
de Dieu et de Son amour, ils ne comprenaient pas Sa juste
décision divine.
Certains arrivèrent jusqu’à la mer. Ils
coupèrent du bois et en firent des bateaux. Ils mirent
beaucoup de temps pour achever ces constructions. En effet, ils avaient
perdu l’habitude du labeur et peinaient à se
mettre au travail. Ils passaient plus de temps à paresser
sur la plage qu’à chercher à se nourrir
ou à construire leur navires. Mais le sombre nuage de
poussière leur rappelait sans cesse qu’ils
devaient s’activer. Peu à peu, ils reprirent
goût à l’effort et, même si
ils ne vivaient plus dans la vertu, leur sociétés
viciées ne connaissaient plus la débauche de
péchés qu’ils pratiquaient à
Oanylone.
Lorsque les bateaux furent prêts, ils partirent parcourir le
monde, traversant les mers et accostant sur toutes les côtes
qui leur semblaient propices. D’autres groupes
d’évadés fuirent le cataclysme en
s’enfonçant encore plus loin à
l’intérieur des terres. Ils
traversèrent diverses forêts,
marécages, rivières, fleuves, vallées,
collines, montagnes, ravins, glaciers et plaines. Chaque fois
qu’ils trouvaient un lieu propice à leur
installation, un groupe s’y arrêtait et y fondait
une ville.
Ainsi, ils peuplèrent petit à petit le monde
entier, installant des villages partout où ils passaient.
Chaque cité organisa son système politique. Ils
élurent des chefs, qui géraient les ressources de
leurs communautés. Ceux-ci nommèrent des gardes,
afin que les lois de la cité soient respectées.
Afin de financer cette hiérarchie naissante, ils
prélevèrent l’or et l’argent
des mines et les fondirent pour en faire de la monnaie. Celle-ci leur
facilitait les échanges au sein de chaque ville.
Mais, surtout, cela leur permettait d’échanger des
marchandises entre cités. Mais ce commerce enrichissait
certaines alors qu’elle appauvrissait les autres. Les
cités se concurrençaient de plus en plus pour le
contrôle des ressources. Ce qu’elles ne pouvaient
avoir par le commerce, elles tentaient de l’obtenir par la
force. Ainsi, chaque cité organisa une armée,
engageant des soldats, afin de combattre pour enrichir leur
communauté et ses dirigeants.
Alors, Dieu décida de leur permettre d’apprendre
ce qu’était l’amitié, afin
que, plus jamais, un humain n’en tue un autre. Il divisa le
langage unique en une multitude de langues. Les humains ne se
comprirent alors plus entre les cités. Le Très
Haut leur permit ensuite de pouvoir apprendre les langues
qu’ils ne connaissaient pas. Cet apprentissage
nécessitait pour chacun de s’ouvrir à
la culture de l’autre. Ainsi, ils étaient moins
enclins au combat, étant donné les efforts
nécessaires pour apprendre les langages de ceux
qu’ils voulaient attaquer.
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Chapitre 8 : Le paganisme
Les groupes d’humains ayant fuit Oanylone
s’étaient ainsi dispersés et
peuplé le monde. Leurs descendants avaient
constitué des cités, formé des
gouvernements et inventé l’argent, qui permettait
le commerce. Mais ils avaient aussi inventé la guerre et,
pour les encourager à mieux se connaître au lieu
de se battre, Dieu avait divisé le langage unique en une
multitude de langues.
Parmi tous ce humains, un groupe se forma, cherchant à
comprendre la réalité divine. Mais ce groupe
était tout aussi ignorant de Dieu que le reste de
l’humanité. Les humains ne ressentaient plus
l’amour divin, car ils s’étaient
détournés de Lui. Ils cherchaient une explication
à leur vie, alors que la réponse leur
était donnée. Mais ils ne savaient plus
l’écouter et y restaient sourds.
Le groupe décréta que dans chaque chose, dans
chaque élément qui entoure les hommes et les
femmes, il y avait un esprit dont la puissance dépassait
l’entendement. Ces esprits élémentaux
possédaient des pouvoirs surhumains. Ils étaient
dotés de personnalités variées et ne
manquaient jamais de se concurrencer afin de prouver lequel
était le plus fort. Ils entraient souvent en
colère et n’hésitaient jamais
à se mesurer l’un à l’autre,
par humains interposés.
Ainsi, n’ayant plus Dieu dans leur coeur, ils
s’étaient inventés tout un
panthéon de faux dieux. Comme le ciel couvre le monde et
qu’il est la source de la lumière, il firent du
dieu du ciel le roi de leurs divinités. Sa foudre devint
rapidement célèbre et tout humain apprit
très vite à la craindre. Comme les humains ne
connaissaient plus la vertu, les dieux qu’ils
s’étaient inventés étaient
aussi débauchés qu’eux. Leur roi divin
pouvait se transformer en nuage d’or pour pratiquer le
péché de luxure avec des princesses.
Pour honorer leurs multiples divinités, les humains
créèrent des églises qui leur
étaient dédiées et les
nommèrent “temple”. Eux-mêmes,
faisant office de clerc dans leur paganisme, se nommèrent
“prêtres”. Ils suppliaient
l’aide de leur dieux et, en échange, leur
sacrifiaient des animaux. Alors que Dieu avait enseigné
à Oane que les multiples créatures du monde, bien
que soumises aux humains, devaient être
respectées, c’est par leur sang que les
païens révéraient leurs fausses
divinités.
Mais il n’y avait pas d’amour pour leurs nouveaux
dieux. Ceux-ci ne servaient qu’à rendre des
services en échanges de ces sacrifices. Certes, ces
païens respectaient leurs divinités, mais
c’était par peur plutôt que par amour.
De nombreuses cités se regroupèrent en royaumes,
ayant à leur tête des rois. Ceux-ci firent appel
aux prêtres païens afin que leurs
divinités leur viennent en aide, et les faux clercs
croyaient lire dans les entrailles l’avenir des
cités.
Mais il restait un vide dans le coeur des hommes et des femmes. Il leur
manquait ce pour quoi ils avaient été
conçus. Il leur manquait l’amour que Dieu voulait
leur donner et qu’Il attendait en retour. Alors, Dieu
décida que le moment était venu de se rappeler
à Sa Création. Il trouva un enfant dans la
cité qui s’appelait Stagire et lui enseigna Sa
Parole afin que l’Homme retrouve le chemin de la vertu. Cet
enfant s’appelait Aristote.
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Partie III : L'éclipse
Chapitre 1 : La lune
L’histoire que je vais vous raconter peut sembler
surprenante, mais, lorsque vous l’aurez lu, vous saurez
qu’il y a en elle beaucoup de vérité.
Un jour qu’il faisait beau, je me promenais avec mon chien le
long de petits chemins ondulant entre les champs. Je venais de manger
et me cherchais un petit coin agréable où faire
ma sieste. En cet après-midi de mai, le ciel
était d’un bleu pur, vierge de tout nuage. Les
oiseaux chantaient et mon chien courait à travers les
blés, poursuivant de petits animaux bien plus rapides que
lui. Il aboyait de toutes ses forces dans sa course-poursuite perdue
d’avance.
La journée semblait belle, mais la présence de la
lune dans le ciel en plein jour m’inquiétait.
Alors que le soleil était le lieu destiné
à accueillir les justes après leur jugement, la
lune était le futur lieu de supplice des
pécheurs. Le premier était surnommé
Paradis, alors que la seconde était appelée
Enfer. Le rapprochement de ces deux astres divins en pleine
journée ne pouvait qu’être annonciatrice
de grands malheurs.
Je me baissais pour admirer une petite fleur des prés, mais
l’obscurité était telle que je ne
pouvais plus la distinguer. L’obscurité, me
dis-je? Comment pouvait-il y avoir la moindre obscurité
pendant une si belle journée, alors que le soleil
était à son apogée? Je levai les yeux
au ciel et fut saisi d’horreur: la lune masquait maintenant
le soleil, empêchant la divine lumière, source de
vie, d’éclairer le monde. Seul un sinistre halo
couleur de feu, ceignant l’astre de nuit,
témoignait encore de la présence de
l’astre de jour.
Mon chien s’arrêta d’aboyer. Je me dis,
pour me rassurer, qu’il ne s’agissait que
d’un de ces événements cosmiques dont
les anciens avaient régulièrement
gardé trace, et que cela allait finir bientôt.
Mais je n’en étais pas convaincu. Le halo de feu
donnait à cet éclipse une atmosphère
angoissante. Mais il finit par disparaître quand le lune
acheva sa conquête du soleil. Il faisait un noir
d’encre. Même les étoiles avaient
décider de s‘éclipser. C’est
alors que la lune décida de contrevenir aux
règles de la physique.
Je la vis se colorer de diverses teintes. Au centre de ce disque
d’obscurité, des taches de couleurs se mouvaient,
comme des oiseaux virevoltant dans le ciel. Elles semblaient livrer
batailles, se mêlant les unes aux autres, puis se
séparant brusquement. Le mauve se jetait sur le bleu, qui
esquivait le turquoise, alors que le vert fuyait le rouge,
lui-même poursuivit par le jaune. Puis, les taches
calmèrent leurs ébats. Je ne pouvais pas quitter
la lune des yeux, alors que je voyais les couleurs se
répartir la surface de l’astre de nuit, en un tout
enfin ordonné.
Elles restèrent ainsi tout une
éternité, alors que mon chien geignait,
caché dans le champ de blé. Puis, les taches de
couleurs surgirent de la lune, telles des carreaux tirés par
une arbalète. On aurait dit six rayons de
lumières qui déchiraient le ciel en de longs
traits colorés. Les couleurs se joignirent en un
véritable arc-en-ciel qui vint s’abattre
à mes pieds. J’avais devant moi un pont
zébré de couleurs, formant une arche qui
enjambait la distance qui me séparait de la lune.
Je la regardai alors et vit que le pont de couleurs y tombait en une
véritable chute de lumière blanche. Je regardai
ensuite à mes pieds et vit qu’ils
étaient aspergés de la même douce
lumière laiteuse. Les six rayons, accolés sur
toute la longueur du pont, venaient à ses
extrémités fusionner en une même
blancheur.
Bien qu’étreint par une angoisse indescriptible,
je décidai de poser le pied sur cet arc-en-ciel lunaire...
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Chapitre 2 : Le brouillard
Je marchai donc sur un pont rayé de six couleurs, en
destination de la lune, sous un ciel d’encre vide de toute
étoile. Le trajet me sembla durer une
éternité. Mais, alors que je
commençais à désespérer de
la distance qui me restait à parcourir, je perdis
l’équilibre. En effet, les bandes de couleurs qui
constituaient le pont que je traversais se
mêlèrent en une seule et unique lumière
blanche. Celle-ci, telle de l’eau, s'abattait sur la surface
de la lune en une cascade laiteuse. Je m’effondrai
pathétiquement au sol et, fortement agacé, me
relevai, essuyant la poussière de mes vêtements.
Tout autour de moi, je voyais un brouillard blanchâtre peu
engageant. Il faisait chaud et moite au sein de cet air dense et
irrespirable. J’essayais d’avancer mais mes
mouvements était lents et maladroits, tant le brouillard
semblait s’agripper à mon corps. Mes pieds
s’enfonçaient dans le sol mou et visqueux.
J’en venais à souhaiter que le vent se
lève afin de disperser cette gangue crémeuse qui
m’entourait. Mais ce lieu me donnait l’impression
de ne pas avoir connu la moindre brise depuis la nuit des temps.
C’était la même atmosphère
moite qui régnait depuis. Je me croyais dans un tombeau.
C’est alors que je sentis une longue langue me
lécher le torse. Paralysé par la terreur, je
m’immobilisai. Regardant autour de moi, je discernai enfin
des formes. Elles étaient innombrables et ressemblaient fort
peu à des êtres humains. L’une
d’elles, de taille gigantesque se dressa face à
moi, et je pus en détailler la laideur.
Entièrement nu, ce démon avait une peau lisse,
gorgée de sueur, et des jambes arquée, entre
lesquels les attributs de la masculinité
s’affichaient sans pudeur. Je vis également que sa
poitrine portait les attributs de la féminité.
J’espérais découvrir un visage humain,
mais, à la place, se trouvait une gueule semblable
à celle d’un serpent, de laquelle sortait une
longue langue dressée vers moi.
Le monstre me dit: “ Je suis Asmodée, Prince de la
Luxure. Raphaëlle, Archange de la Conviction, est mon
opposée. Celui qui se complaît dans
l’abus des choses de la chair et dans le nihilisme le plus
total vient rejoindre les rangs de mes damnés.” Je
ne savais pas quelle réponse donner à une si
horrible créature, mais elle n’en attendait pas et
s’écarta de mon chemin. C’est alors que
je vis un long couloir creusé dans le dense brouillard. Je
ne me fis pas prier pour l’emprunter et ainsi
échapper à ces bêtes luxurieuses. Le
sol était de moins en moins pâteux et devenait de
plus en plus sableux. La couleur blanchâtre laissait peu
à peu la place à une sombre lueur turquoise.
Au bout d’un temps indéfinissable,
j’accédai à une gigantesque grotte. Des
piliers titanesques soutenaient sa voûte, que
j’avais du mal à discerner, étant
donnée sa hauteur. Un lac aux dimensions
homériques emplissait les lieux. Son liquide,
qu’aucune onde ne venait troubler, irradiait d’une
sombre lueur turquoise, colorant ainsi toutes les roches environnantes.
Aucune vie ne semblait pouvoir se maintenir en ces lieux. Quelle ne fut
pas ma surprise quand je vis, parmi les roches qui
s’entassaient le long de la berge des formes obscures se
lever. Leurs mouvements étaient lents, maladroits, et peu
affirmés.
Elles semblaient devoir faire un effort surhumain pour entrer en
mouvement. Je les voyais toutes pleurer leur état
déliquescent et amorphe. C’est alors
qu’une gerbe de liquide turquoise surgit de lac surface du
lac. Une énorme créature à la peau
écailleuse et à la longue queue de
lézard surgit du liquide. Surmontant une mâchoire
titanesque, deux petits yeux d’émeraude me
fixaient. Elle me dit: “ Je suis Belial, Prince de
l’Orgueil. Miguaël, Archange du Don de soi, est mon
opposé. Celui qui a le sentiment de pouvoir vivre hors de la
communauté, ou d’être capable
d’atteindre le statut de divin, vient rejoindre les rangs de
mes damnés.”
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Chapitre 3 : La plaine
Belial retourna dans les eaux stagnantes turquoises, qui
retrouvèrent leur inquiétante surface lisse. Je
remarquai alors une petite barque sur la rive. Comment avais-je pu ne
pas la voir avant? Je la pris, ne voyant aucun des êtres
amorphes s’y opposer. Je ramai alors pendant des heures, les
gigantesques piliers de roche se succédant les uns aux
autres. J’avançai de plus en plus vite, mais la
joie que cela m’apportait fut vite changée en
horreur lorsque je me rendis compte que ce n’était
que parce que j’étais aspiré dans un
tourbillon. Ne pouvant m’y soustraire, je tombai alors au
fond de cet orifice.
Lorsque je me réveillai, le corps endolori, je vis autour de
moi un sombre couloir. Le sol était recouvert d’un
tissu doux et chaud, dont la couleur mauve faisait ton sur ton avec les
améthystes qui composaient les murs. Je décidai
de suivre cet étrange pièce. Tout au long de mon
trajet, je pouvais admirer des tas gigantesques d’or,
d’argent et de bijoux le long des murs. Des mets
délicieux exhalaient leurs appétissantes
senteurs. Des hommes et des femmes aux corps magnifiques se pavanaient
devant moi. Mais je vis surtout de nombreuses personnes, assises, qui
dévoraient des yeux ce formidable luxe.
Je me demandai pourquoi ils ne s’appropriaient pas ce qui
s’offrait à eux, mais je compris bien vite. Un des
damnés prit une pièce d’or, mais la
relâcha de suite dans un hurlement de douleur. Ces maudits
étaient condamnés à convoiter un tel
luxe sans jamais pouvoir en profiter. C’est alors que
j’entendis un bruit d’ailes et je vis se poser
devant moi une créature herculéenne aux grandes
ailes de chauve-souris et à la peau couleur
d’améthyste. Elle me dit: “Je suis
Satan, Prince de l’Envie. Michel, Archange de la Justice, est
mon opposé. Celui qui désire
bénéficier des justes récompenses
attribuées à autrui, ou qui convoite les biens ou
le bonheur de son semblable, vient rejoindre le rang de mes
damnés.”
Puis, sans rien ajouter d’autre, Satan reprit son envol. Je
repris donc ma marche vers le bout du couloir, que je finis enfin par
trouver. La sortie était une petite ouverture
chapeautée par un arc-boutant de pierres noires,
où étaient sculptés des
crânes. J’hésitai à
m’engager, mais je me souvins de ce qu’il y avait
derrière moi et ne tint pas à y retourner. Je
passai donc cette encablure de porte et me retrouvai face à
une plaine qui s’étendait à
l’infini. Sur mes côtés, je pouvais voir
de grandes montagnes rouges circonscrivant avec précisions
les limites de ce plat-pays.
Ce décor pouvait ressembler à un paysage
terrestre, mais les montagnes et l’herbe étaient
couleur de sang. Le soleil brûlait juste au-dessus de la
plaine. Il emplissait la moitié du ciel et semblait
être collé à la lune. Il se
découpait dans une nuit étoilée qui
semblait peser de tout son poids sur moi. Je remarquai un vertigineux
pic bleu qui s’élevait au milieu de la plaine, qui
atteignait le gigantesque astre de jour. A son pied se trouvait une
grande construction de bois. Je décidai d’avancer,
afin de rejoindre ce doigt de pierre pointé vers le haut.
Mais, à mi-chemin, je compris que je ne pouvais
l’atteindre.
En effet, tout autour du pic bleu, sur des centaines de lieues
alentour, des milliers de damnés se battaient comme des
forcenés. Ils n’avaient pas la moindre
pitié les uns envers les autres. Chaque occasion
était bonne pour arracher un membre à son
adversaire. Lorsque les armes et les poings ne suffisaient plus, les
dents prenaient le relais. Alors, sortant de la gigantesque
mêlée un énorme taureau
avança vers moi. En dessous de ses yeux injectés
de sang, des flammes sortaient de ses narines. Il me dit: “Je
suis Léviathan, Prince de la Colère. Gabriel,
Archange de la Tempérance, est mon opposé. Celui
qui s’abandonne à la haine de l’autre,
ou qui de toutes ses forces tente de lutter contre sa condition vient
rejoindre les rangs de mes damnés.”
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Chapitre 4 : Les galeries
Alors, Léviathan frappa l’herbe sanguine de son
sabot, et une ouverture se fit dans le sol. J’y vis un
escalier de pierre en colimaçon descendre dans
l’obscurité. Prenant mon courage à deux
mains, je m’y engageai, pendant que le
Prince-démon retournait au combat. Je descendis prudemment
les marches, car il n’y avait pas de lumière pour
m’aider à savoir où
j’avançais et le chemin semblait encore long. Pour
m’aider, je faisais glisser ma main le long du mur, et je
pouvais me rendre compte au toucher qu’il était
simplement creusé dans la terre.
Je sursautai de peur lorsque mes doigts touchèrent une forme
visqueuse. C’est alors que l’escalier
s’emplit d’une couleur verdâtre. Je
retournai mon regard vers la cause de mon sursaut et vis avec
dégoût un long lombric sortir du mur. Il irradiait
de cette lumière répugnante, tout comme les
milliers de créatures similaires qui sortaient elles aussi
de la terre. Commençant à avoir
l’habitude du fonctionnement lunaire, je me demandai quel
péché était puni en ces lieux.
J’obtins ma réponse en bas de l’escalier
en colimaçon, où se trouvait une dizaine de
galeries creusées à même la terre,
infestées de ces immondes bestioles verdâtres.
Des damnées bouffis, qui avaient du mal à avancer
tant leur corps était rempli de graisse, attrapaient et
dévoraient celles qui passaient à leur
portée. Je retins ma nausée, lorsque une nouvelle
galerie s’ouvrit, laissant passer la tête
d’un énorme vers de terre répugnant.
Celui-ci me dit: “Je suis Azazel, Prince de la Gourmandise.
Galadrielle, Archange de la Conservation est mon opposée.
Celui qui abuse du plaisir des besoins premiers, qui n’a pas
la mesure des nécessités de sa subsistance, vient
rejoindre les rangs de mes damnés.”
Puis il ajouta: “Suis-moi”. Il recula et continua
à creuser sa galerie. Je le suivis sur de nombreuses lieues,
suivant ses multiples changements d’orientation. Puis, le
tunnel déboucha sur un grand hangar de bois. Je compris que
je me trouvais au pied du pic de pierre. Azazel, qui
m’attendait près de la sortie, repartit en
creusant un nouveau tunnel. Je regardai autour de moi et
m'aperçut que j’étais sur une sorte de
butte de terre. Tout autour d’elle, un gouffre semblait ne
pas avoir de fond.
Mais il devait forcément y en avoir, car de nombreux
pilonnes de bois en surgissaient arrivant à ma hauteur. Des
damnés étaient placés dessus.
Même debout, ils devaient faire de difficiles efforts afin de
se maintenir dessus et de ne pas tomber. Mais le plus
étrange, c’était que chacun tenait
entre ses bras des trésors incomparables en valeur et en
beauté. Ils s’agrippaient à ces lourds
coffres remplis d’or, à ces gros sacs pleins de
pierres précieuses, comme si leur vie en
dépendait.
Parfois, un mouvement un peu moins mesuré que les autres
faisait tomber certaines de ces richesses. Ceux qui faisaient
l’erreur d’essayer de les rattraper finissaient
invariablement par tomber. Du gouffre une pâle lueur jaune
témoignait des innombrables richesses qui y
étaient tombées, entraînant dans leur
sillage les maudits, dont aucun ne semblait vouloir laisser
s’échapper le moindre écu. Certains
devaient même s’accrocher depuis longtemps, car
leurs jambes étaient atrophiées. Mais ils ne
laissaient échapper la moindre plainte, craignant de faire
tomber leur or dans le gouffre.
Alors, je vis descendre du plafond, rattachée à
son fil, une gigantesque araignée toute couverte
d’or, aux milliers d’yeux de diamant.
Arrivée près de moi, elle me dit: “Je
suis Belzébuth, Prince de l’Avarice. Georges,
Archange de l’Amitié, est mon opposé.
Celui dont l’égoïsme n’a
d’égal que le mépris de
l’autre vient rejoindre les rangs de mes
damnés.” Puis, sans ajouter quoi que ce soit, le
Prince-démon tissa un pont, avec sa toile, reliant mon îlot et le bord du hangar
de bois.
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Chapitre 5 : Le pic
Au bout du pont de toile se trouvait une petite porte de bois. Je
tournai la poignée, mais elle ne s’ouvrit pas. Je
forçait un bon moment, puis elle finit par céder.
Cela devait faire une éternité qu’elle
n’avait pas été utilisée.
Lorsque la porte fut ouverte, je me trouvai devant une masse de pierre
bleue. Je passai l’encablure et levai les yeux. Le pic que
j’avais pu observer tout à l’heure
pointait jusqu’au soleil, qui, d’où je
me trouvais, emplissait le ciel tout entier.
Ne voulant pas rester en Enfer pour
l’éternité, j'entreprit
d’escalader le pic rocheux. Pendant des heures, je
m’accrochais tant bien que mal à chaque
aspérité, avançant à une
très faible allure à cause des conditions
difficile de ma progression. Je n’étais pas le
seul à tenter cette terrible expédition. De
nombreuses personnes peinaient autant que moi dans cette difficile
épreuve. Elles pleuraient devant cette tâche
surhumaine, et certaines finissaient par abandonner.
Ceux-là ne trouvaient plus la force de continuer et
tentaient de redescendre. Mais il était encore plus dur de
se déplacer dans ce sens que de se diriger vers le sommet du
pic bleu. Tout ceux qui se résignaient ainsi finissaient par
lâcher prise et aller s’écraser tout en
bas dans un sinistre bruit mat. Chaque chute semblait affaiblir la
volonté des survivants, mais je m’accrochai
à ma volonté et continuai. Je finis par me
retrouver seul dans cette terrible ascension.
Alors que je pensais être arrivé à
mi-parcours et que mes muscles me faisaient mal à en
pleurer, je vis une corniche non loin de moi. Enchanté par
cette découverte inespérée, je
m’y dirigeai. Une fois arrivé à bon
port, je me décidai enfin à regarder vers le sol,
afin de voir quelle hauteur j’avais grimpé. Quelle
ne fut pas mon horreur lorsque la lune toute entière apparut
à mes yeux, sous des volutes de fumée bleue
semblable à des nuages. Aucune montagne sur terre ne pouvait
être si haute! J’étais ravi de
l’efficacité de mes efforts, mais je me rappelai
alors qu’il restait autant à parcourir
jusqu’au sommet.
Je m’écroulai sur la corniche pour essayer de
trouver quelque repos, lorsque j’entendis des pleurs. Je
tournai ma tête et vis un vieil homme à la barbe
hirsute qui versait de chaudes larmes. Son corps était si
sec qu’il en paraissait squelettique. Il me dit:
“Je suis Lucifer, Prince de l’Acédie.
Sylphaël, Archange du Plaisir, est mon opposé.
Celui qui entre en dépression spirituelle, qui reste passif,
qui n’a plus goût à la vie, et qui
ignore sa propre satisfaction rejoint les rangs de mes
damnés, qui jamais n’arrivent à
atteindre le soleil.”
Je vis une grotte derrière lui. Il me fit signe
d’y aller, sans dire un mot. Un long couloir dallé
se dirigeait vers une porte de métal, qui
présentait une étrange veinure verticale en son
milieu. Je cherchai une quelconque poignée, mais
n’en trouva pas. Après de longues recherches, je
finis par m’adosser sur un côté de
l’encablure, épuisé.
J’entendis alors un petit bruit de clochette et la porte
s’ouvrit, les deux moitiés de la porte coulissant
sur les côtés. surpris, je regardai à
l’intérieur et y vis un miroir magnifique, qui
reflétait comme aucun autre mon image.
J’entrai dans le petit espace dans lequel il se trouvait, mes
yeux n’arrivant pas à s’en
détacher. J’entendis alors une voix calme me dire:
“Vous montez?”. Je me retournai, abasourdi par une
question si étrange et vit une personne souriante attendant
une réponse. Nous nous trouvions ensemble dans une
pièce minuscule où seule une demi-douzaine de
personnes tout au plus aurait pu y tenir debout. Elle était
assez bien éclairée, bien que la
lumière blanche, qui descendait du plafond, me semblait un
peu terne. Ne sachant que dire, je répondis
“Oui.”. Alors, la personne posa son doigt sur un
carré où était écrit le mot
“Dernier étage”. La porte se referma,
ses deux moitiés se joignant à nouveau, et je
sentis la pièce monter.
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Chapitre 6 : Le soleil
Alors que la petite pièce où je me trouvais avec
cette étrange inconnu montait, j’avais la
sensation désagréable d’être
plus lourd qu’à mon habitude. Mais, lorsque elle
s’arrêta, je me sentis un instant
extrêmement léger. Je n’avais pourtant
ni grossi ni maigri pendant ce cour laps de temps. La porte
s’ouvrit en deux, comme je l’avais vu plus bas.
L’inconnu se retourna alors vers moi et me dit:
“Vous êtes arrivé.”. Il
arborait un sourire plein de gentillesse et de douceur. Cela me redonna
un peu d’entrain et j’osai enfin lui demander:
“Mais qui êtes-vous donc?”.
Il me répondit: “Je suis le passeur, le seul ange
à rester pour l’éternité en
dehors du Paradis. Mon rôle est d’accompagner
jusqu’ici ceux qui n’ont pas encore fait le
choix.”. “Quel choix?”,
m’écriais-je, interloqué. Mais, sans me
répondre, il afficha encore un de ses beaux sourires et
tendit sa main vers l’extérieur de la
pièce pour m’inviter à avancer. Voyant
que rien ne pourrait lui soutirer plus d’informations, je
décidai d’avancer. Une fois sorti, la porte se
referma derrière moi, ses deux parties se rejoignant, et
j’entendis la pièce redescendre.
Je m’attendais à trouver un paysage idyllique,
mais, au lieu de ça, j’avais encore et toujours
cette détestable pierre bleue qui composait le pic infernal.
Elle avait été taillée pour obtenir
une sorte de terrasse. Je me demandai comment sortir de ce que je
croyais alors être un ignoble traquenard. En effet,
j’avais atteint le sommet et n’avais aucune chance
de ne pas tomber si j’essayais de descendre par la paroi du
pic. Quant à l’étrange porte, je ne
savais pas comment l’ouvrir. Je m'asseyais donc, en pleurs,
me demandant quel horrible péché
j’avais pu connaître pour être ainsi
puni.
Quelques instants plus tard, j’entendis un concert de
battements d’ailes. Je levai les yeux et vis un magnifique
spectacle: sept anges étaient en train de se poser sur la
terrasse bleue. Je reconnu l’Archange Michel, saint patron de
la Justice, en armure, tenant en main une magnifique
épée et un grand bouclier aux merveilleux
ornements. Mais mes connaissances théologiques
étaient limitées et je demandai, non sans honte
à qui j’avais affaire. Je m'attendais à
entendre quelque reproche, mais ce ne fut pas le cas. Tous me
regardèrent d’un regard plein de douceur et
d’amour.
L’un d’eux s’avança et me dit:
“Je suis Georges, Archange de l’Amitié.
Et voici Gabriel, Archange de la Tempérance, Michel,
Archange de la Justice, Miguaël, Archange du Don de soi,
Galadrielle, Archange de la Conservation, Sylphaël, Archange
du Plaisir, et Raphaëlle, Archange de la Conviction. Nous
sept, sous les ordres du prophète Aristote et du messie
Christos, sommes chargés de guider les humains sur le chemin
de la vertu, qui les mène vers Dieu et Son
Paradis.”
J’avais en face de moi les sept humains les plus importants
de l’histoire, exception faite d’Aristote et de
Christos. Devant un tel privilège, je ne pus que me
prosterner à leurs pieds, face contre terre. Mais Georges me
dit: “Ne te prosterne pas devant nous: nous ne sommes en
définitive que des humains. Seul Dieu mérite
cela. Nous sommes Ses humbles serviteurs, accomplissant Sa divine
volonté. Mais viens avec nous, car l’heure est
bientôt venue de faire le choix. Nous sommes là
pour te mener au soleil.”
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Chapitre 7 : Le paradis
Les sept anges se tenaient face à moi. Ils arboraient un
grand sourire plein de gentillesse que venait souligner leur regard
plein de tendresse. Pour la première fois depuis que
j’avais laissé mon chien seul dans le champ, je me
détendis et m’emplis de la
sérénité qu’ils
dégageaient. Ils m’aidèrent
à me lever et Michel, le plus robuste, me fit monter sur son
dos. Je rougis à l’idée de chevaucher
un Archange comme un cheval. Mais ils rirent tous, voyant la
gêne s’afficher sur mon visage. Ces rires
n’étaient pas moqueurs, mais pleins
d’amitié.
Alors, sept grandes paires d’ailes magnifiques
s’étendirent. Ils
s’approchèrent du bord et se laissèrent
tomber. Je hurlai de terreur, mais mon cri
s’étouffa lorsque les Archanges
redressèrent leur vol et s’envolèrent
vers la soleil. Je pus voir sous moi l’ensemble de la lune et
me promis intérieurement, si l’occasion
m’en était donnée, de toujours vivre
dans la vertu, suivant les préceptes d’Aristote et
de Christos, afin de ne jamais plus retourner dans un endroit aussi
sordide. Galadrielle me lança un sourire complice et me dit:
“C’est bien. Tu as pris une judicieuse
décision. Puissent les autres vivants faire la
même.”
Je me demandai comment elle avait pu connaître aussi bien le
fond de mes pensées. Mais mon esprit fut bien vite
plutôt intéressé par le spectacle qui
s’offrait à moi. Nous venions de quitter la lune
et nous volions dans l’espace qui la sépare du
soleil. Les étoiles s’offraient à mon
regard comme autant de spectacles magiques. Je pouvais même
discerner de nombreux autres astres dont je ne connaissais pas
l’existence, ne pouvant être vus depuis le monde.
Mais l’essentiel de ma vision était
occupé par ce soleil immense, brûlant, que je
n’avais jamais vu d’aussi près. Je me
sentais comme une mouche face à une vache: minuscule.
Nous nous approchâmes si près de l’astre
divin que des flammes de plusieurs lieues de long nous
frôlèrent. Je me demandai si je n’allais
pas partager avec les sept Archanges une bien funeste fin. Mais Michel,
sur lequel j’étais toujours juché, me
dit: “N’aies crainte et regarde.”. Je vis
alors les flammes qui couvraient le soleil s’ouvrir, pour
laisser place à un magnifique spectacle. Sous cette couche
brûlante se trouvait ce dont j’avais entendu parler
depuis ma plus tendre enfance, sans jamais savoir ce en quoi cela
consistait: le Paradis!
Nous atterrîmes dans un lieu magique. Tout était
baigné d’un douce lumière.
Où que je regardais, je ne trouvais pas la moindre
obscurité. A perte de vue, il n’y avait ni
habitation, ni la moindre construction. Ceux qui avaient faim se
servaient sur les arbres fruitiers. Ceux qui appréciaient
les plaisirs de la détente s’allongeaient dans
l’herbe. Des enfants jouaient innocemment, riant et courant
à travers les hautes herbes. Les sept Archanges me
prévinrent qu’ils devaient me laisser, leur
mission étant terminée. Je les remerciai
grandement et leur dit au revoir.
Je décidai de visiter ces lieux enchanteurs. Tous ceux que
je rencontrais me souhaitèrent la bienvenue en me souriant.
Je leur rendais leur sourire et les remerciais. Tout respirait le
bonheur, la bonté et la joie. Alors que je
m’approchai d’une petite fontaine où
l’eau semblait si claire que je ne résistais pas
à l’envie de m’y
désaltérer, je vis deux hommes discuter. Ils me
remarquèrent et me firent signe de venir. J’eus
alors en face de moi rien de moins qu’Aristote et Christos.
Ils m’accueillirent avec la plus grande gentillesse. Ils me
demandèrent si les lieux me plaisaient et si
j’avais fait un bon voyage. J’étais si
ému que je ne savais pas quoi répondre. Je
bafouillai quelque vague parole, alors que j’essayai encore
de réaliser qui se trouvait devant moi. C’est
alors que j’entendis une voix.
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Chapitre 8 : La ressurection
Cette voix que j’entendis, alors que je me trouvai en
compagnie d’Aristote et de Christos, était calme
et pénétrante. Ils
m’expliquèrent que c’était
Dieu Lui-même qui allait me poser la question.
J’allai enfin savoir laquelle était-ce. La voix
divine me dit: “Toi, l’humain que les tiens nomment
Sypous, tu es venu à Moi, découvrant tout ce
qu’un humain pourra connaître après sa
mort. Tu as visité chacun des sept Enfers, où tu
as rencontré chacun des Princes-démons, qui se
sont présentés à toi,
conformément à Ma volonté.
Qu’as-tu retenu de tes périples?”
Je répondis: “J’ai compris le sens du
Salut. Lorsqu’un humain a vécu dans la vertu,
s’étant ainsi conformé à Ta
divine parole, transmise par le prophète Aristote et par
Christos, le messie, Tu lui accordes le droit
d’accéder en ces lieux, au Paradis, au sein du
soleil. Si il se détourne de la vertu, refusant
d’écouter Ta divine parole, qu’il
s’abandonne aux plaisirs terrestres, à
l’égoïsme, à la tentation,
à de fausses divinités, Ton infinie sagesse
t’amène à l’envoyer en Enfer,
dans la lune, pour y être puni pour
l’éternité. Tu nous aime, mais
c’est également à nous de
T’aimer.”
Dieu me dit: “Maintenant, le temps est venu pour toi de faire
ton choix. Tu peux décider d’accepter la mort.
Dans ce cas, je jugerait toute ta vie, les moments où tu as
su oeuvrer pour la vertu et ceux où tu t’es
détourné d’elle. Si, alors, Je juge que
tu le mérite, tu rejoindra les élus pour une
éternité de joie et de bonheur. Mais si Je juge
alors que ta vie n’a pas été assez
vertueuse, tu connaîtra une éternité de
tourments en Enfer. Mais, si tu penses que ton temps n’a pas
encore été accompli, que tu n’as pas
encore fait tes preuves devant Moi, tu peux décider de
revenir à la vie.”
Je ne savais que répondre. Avais-je
mérité de rejoindre le Paradis ou finirais-je en
Enfer? Alors, j’entendis des voix.
C’était celles de mes amis, qui priaient pour le
Salut de mon âme. Bien qu’ils se trouvaient sur
terre, je les entendais distinctement. Cela me faisait chaud au coeur
de voir qu’ils se souciaient tant de ce qui allait
m’arriver. Il me fallait leur montrer que leurs
prières n’étaient pas vaines. Je
décidai d’accepter la résurrection,
afin de pouvoir vivre dans la vertu et de mériter le
Paradis. Je leur devais bien ça, au moins autant que je me
le devais à moi-même.
Dieu me dit alors: “Depuis que J’ai
décidé de changer l’esprit des humains
en âme, afin qu’elle soit jugée
à leur mort, chacun d’eux parcourt le chemin qui
t’a conduit à Moi, et Je pose la même
question à chacun d’eux. Certains ont la
même prudence que toi, d’autres accèdent
au Paradis, et d’autres surestiment la qualité de
leur vécu et sont envoyés en Enfer.”
“Ceux qui ont opté, comme toi, pour la
résurrection ne gardent pas traces de leur
périple céleste dans leur mémoire.
Ainsi, leur comportement ne change que si la leçon
s’est gravée au fond de leur coeur. Mais, afin que
tous sachent quel sort terrible les attend si ils se
détournent de mon amour, je te laisse exceptionnellement la
mémoire. Tu pourra ainsi témoigner de ton
périple. Et ton témoignage restera pour les
siècles des siècles. Maintenant que tu sais quelle
tâche Je t’ai confié, retourne
à la vie, jusqu’à ce que Je te rappelle
pour que tu fasse un nouveau choix.”
Alors, ma vue se brouilla. J’eus tout juste le temps de voir
Aristote et Christos me dire à bientôt avant de
perdre connaissance. Lorsque je me réveillai, je me trouvai
dans mon lit, les bras en croix. Autour de moi des cierges
étaient allumés et mes amis étaient en
train de prier. En larmes, mais visiblement soulagés, ils
m’expliquèrent que cela faisait neuf jours que
j’étais mort. Je me levai, alla à la
fenêtre, et vis que le soleil diffusait à nouveau
sa chaleureuse lumière sur le monde. Je racontai
à mes amis mon incroyable périple et
décidai de coucher sur le papier tout ce que je venais de
connaître pendant ma mort.
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Partie IV : La fin des temps
Chapitre 1 : Le rêve
Moi, Posuys d’Alexandrie, pieux croyant d’Egypte,
vais vous décrire la révélation qui me
fut faite en songe. Cela peut paraître étrange de
considérer un rêve comme une véridique
prémonition, mais la lecture de mes
révélations vous montrera qu’il ne
s’agit pas d’un rêve ordinaire. Je
remercie d’ailleurs le Très Haut de
m’avoir confié la divine mission de transmettre au
monde Sa volonté.
Mon rêve commença par une douce lumière
blanche. J’avais la sensation de me réveiller et,
comme au petit matin, j’émergeais petit
à petit de mon état léthargique. La
lumière apporta, au fur et à mesure de mon
réveil imaginaire, son lot de nuances. Je finis par voir un
groupe d’être humains aux grandes ailes
d’oiseaux, surmontés d’un anneau
lumineux. Ils resplendissaient d’amour et de douceur. Leur
regards étaient pleins de bonté et de tendresse.
J’avais en face de moi tous les humains qui, par leur sainte
vie vertueuse, avaient accédé au statut
d’anges. Sept d’entre eux dépassaient
leurs compagnons par la sensation de bien-être que je
ressentais en leur présence. Je reconnus sans
difficulté les sept archanges bénis de Dieu:
Georges, patron de l’amitié, Miguaël,
patron de la conservation, Raphaëlle, patronne du don de soi,
Gabriel, patron de la tempérance, Michel, patron de la
justice, Sylphaël, patron du plaisir, et Galadrielle, patronne
de la conviction.
Derrière eux, je voyais de vaste paysages idylliques. Tout
resplendissait la beauté et donnait envie d’y
rester pour l’éternité. Mais cela
semblait bien vide. Je pouvais admirer les innombrables
élus, peuplant le Paradis, sur le visage desquels
s’affichait la béatitude. Voyant un tel bonheur
emplir ceux qui avait vécu dans la vertu, je me
réjouissais pour eux et espérait pouvoir les
rejoindre.
Alors, j’entendis une voix dure et sereine me dire:
“Ceux que tu vois ici sont ceux qui ont su gagner le Paradis,
suivant la parole que J’ai confié à
Aristote et à Christos. Mais sache que l’avenir ne
sera pas aussi radieux pour tous”. Je compris que
c’était Dieu Lui-même qui
m’adressait ce divin message. Alors, les anges me
laissèrent seul, en communion avec le Très Haut.
“Regarde dans la flaque d’eau à tes
pieds”, me dit-Il.
J’y vis alors un beau pays. La douce chaleur du soleil
caressait les arbres des vergers, nourrissait les épis de
blé, qui se dressaient, fiers, vers le ciel, et donnait tout
son amour aux légumes, qui prospéraient. Plus
loin, je pouvais voir les vaches paître placidement,
accompagnées de moutons gardés par leur
pâtre. L’agréable brise
prêtait sa force au travail du meunier en faisant tourner les
ailes du moulin.
La mer fournissait aux pêcheurs moult poissons, afin de les
nourrir et exhalait ses senteurs rustiques mais si agréables
à ceux qui savaient les apprécier. Au coeur de
cette paisible vie, une ville, ceinte de murailles, fourmillait
d’activité. Les artisans oeuvraient afin de
fournir à la population tout ce dont elle avait besoin et
les commerçants faisaient l’éloge de
leur marchandises aux clients venant faire leur marché.
Les enfants jouaient, riant et courant le long des rues
animées. Des tavernes sortaient des rires et des bruits de
liquides que l’on versait dans les chopes. Un petit groupe
était attroupé autour du maire, qui
écoutait leurs interrogations et y répondait. Les
cloches se mirent à sonner et nombre d’habitants
sortirent de leurs maisons pour se rendre à la messe.
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Chapitre 2 : Le château
Le ciel s’assombrit, se chargeant de
ténébreux nuages. Le tonnerre gronda,
résonnant dans toutes les chaumières. Et la pluie
se mit à tomber. Un déluge comme personne
n’en avait vu jusqu’alors! Les bourrasques
tourbillonnaient et la mer se fit si houleuse que je vis plusieurs
pêcheurs disparaître sous les flots. Tous se mirent
à l’abris, mais la pluie ne cessa plus de tomber.
Trois jours et trois nuits durant, elle travailla à
réduire à néant tous les efforts des
agriculteurs, qui voyaient, impuissants, leurs récoltes
mourir. Les rues se transformaient en torrents. Tous le pays
était gorgé d’eau. Et la mer frappait
de tout son courroux contre la cité, détruisant
les embarcadères, coulant même les bateaux les
plus gros, et venant s’abattre contre la côte.
Puis, le ciel s’assombrit encore, étouffant
totalement les rayons du soleil, et ne s’éclairait
que par les éclairs dont le tonnerre raisonnait dans toutes
les maisons où les gens se massaient, apeurés. La
pluie se fit de plus en plus froide, se changeant en neige. Le gel
acheva de détruire les récoltes et le vent
glacial fouettait les maisons, où les gens,
terrifiés, souffraient de la faim et de la soif sans oser
dire un mot.
Alors, la neige la neige se changea en grêle. Celle-ci
était composée d’énormes
grêlons gros comme une balle de soule et durs comme la
pierre. Ils frappèrent de toute leur force les solides
murailles et les bâtiments de pierre. Les toits semblaient
souffrir de ce traitement, mais s'efforçaient de
résister. Cela ne suffit pas toujours, car nombre de maisons
s’effondrèrent sur leurs infortunés
habitants, dans des cris déchirants d’appel
à l’aide qui se perdirent dans le bruit du
cataclysme.
Mais le calvaire sembla prendre fin lorsque la grêle diminua,
puis s’arrêta. Petit à petit, les gens
sortirent de leur modestes abris et nombre d’entre eux,
hagards, se dirigèrent vers le château, afin de
trouver des réponses à leurs questions. Le
curé et le duc s’adressèrent alors
à la foule. Mais le discours du seigneur temporel fut
interrompue par l’effondrement de la tour, qui
l’écrasa sans autre forme de procès.
En effet, la terre s’était mise à
trembler. Et le malheureux élu s’était
trouvé sous la trajectoire verticale de
l’énorme monument. Les gens se mirent à
courir afin de rejoindre à nouveau leurs abris. Mais les
faibles maisonnées s’effondraient les unes
après les autres. Les rues s’ouvraient, des
crevasses s’ouvrirent, dévorant de leurs crocs de
terre les infortunés qui se faisaient prendre dans leur
terrible piège. Les murailles, déjà
ébranlées par la grêle,
s’effondrèrent, apportant elles aussi leur lot de
morts.
Toute la ville s’écroula ainsi peu à
peu, laissant de nombreuses personnes aux prises avec la panique. Seule
l’église avait survécu aux assauts des
éléments
déchaînés, le saint bâtiment
semblant épargné par les
éléments
déchaînés. La terre
s’arrêta de trembler et le calme se fit. Sans un
mot, les survivants s’attroupèrent donc dans la
maison du Très Haut. Le curé s’y
trouvait. Il prêchait la repentance des fautes commises. Sa
verve était d’or, mais on sentait dans sa voix
l’angoisse que ses prières ne suffisent pas
à les secourir. Mais tous écoutaient cependant le
prêche du curé comme ils ne l’avaient
jamais fait auparavant.
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Chapitre 3 : L'église
Le vent battait sur les flancs de l’église,
faisant frémir toute sa structure. Le ciel,
ténébreux et glacial, était emplis de
menaçants nuages aux proportions herculéennes.
Tout autour du saint bâtiment, la foudre déchirait
l’air, bientôt suivie par son complice, le
tonnerre, dont le grondement résonnait dans les coeurs
terrifiés des ouailles.
Le curé les encourageait à la prière.
Il n’avait de cesse de leur rappeler qu’ils
n’avaient rien à craindre si ils gardaient dans
leur esprit les paroles divines
révélées par le prophète
Aristote et par Christos, le messie. La pureté de sa foi le
poussait à encourager ses auditeurs à faire
pénitence de leur fautes. Et il
répétait sans cesse qu’il
était temps d’entendre en confession ceux qui
avaient des péchés à leur actif. Mais
personne ne l’écoutait plus, la terreur prenant le
pas sur la raison, et tous regardaient à présent
à travers les vitraux de l’église.
C’est alors que la troisième calamité
s’abattit sur eux. Le vent redoubla
d’intensité, changeant le vent en bourrasques et
les bourrasques en tempête. Le cataclysme atteignit son
paroxysme lorsqu’une terrible tornade vint investir le saint
bâtiment. Celle-ci brisa les vitraux de
l’église, venant emplir le saint
bâtiment de son souffle glacial. Les morceaux de verre teint
retombèrent en une pluie de lames aiguisées sur
les infortunés qui se trouvaient en-dessous.
La tornade propulsa les bancs contre les murs, ce qui les fit voler en
éclats. Elle renversa les ouailles, qui se
percutèrent les uns les autres. Elle fit
s’effondrer les statues du haut de leur piédestal,
en les brisant en mille morceaux. Les lourdes et imposantes portes de
l’église étaient vieilles de plusieurs
siècles. Elles avaient connu les affres du temps sans jamais
faire montre de la moindre faiblesse. Mais la tornade les fit
s’envoler comme des fétus de paille.
Le bruit de la tempête couvrait les exhortation à
la prière du curé. Celui-ci
s’interrompit alors lorsqu’il vit un jeune enfant
à terre. Une poutre énorme menaçait de
s’abattre sur lui. Le curé se jeta alors sur lui
et poussa l’enfant de la trajectoire du monstre de bois. Ce
sacrifice s’avéra ma